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 clandestins (azur)

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MessageSujet: clandestins (azur)   Mer 4 Juil - 14:04

Si elle aime déployer ses sortilèges devant une Cour toute acquise, en réalité Rory préfère sortir seule, libre de se noyer sans une main désireuse de la maintenir à la surface, sans regards fourbes aux langues trop bien pendues pour offrir au soleil ses confessions nocturnes. Elle se plaît dans la magie de la nuit, drapée du voile de mystère qui entoure toujours une silhouette esseulée. Apparition mystique, Rory soigne ses entrées, accentue ce qui la rapproche d'un anachronisme du passé ou des enfers et laisse à son aplomb naturel le soin de diriger ses soirées désoeuvrées.
Ce soir, elle hante le quartier historique de ses allures majestueuses et irréelles, conserve lèvres closes lorsqu'elles ne boivent pas à s'en exploser le coeur et n'offre aux vautours que sa cruauté méthodique, aussi froide et précise qu'une lame chirurgicale. Rory est là pour boire jusqu'à l'overdose qui ne vient pas, de bar en bar, de connards notoires en abrutis finis, de vieux esseulés en bandes bruyantes. Elle n'a pas payé un seul verre, dans l'une de ses lubies d'enfant gâtée lasse de la facilité : elle a quitté la chaleur de ses draps sans sac, sans argent, sans papier. Sans rien d'autre que ses opales ténébreuses cerclées de sombre et son insatisfaction chronique nouant les entrailles. Rory joue à la pauvre comme si c'était une réelle distraction et pas le quotidien de tant d'âmes pour lesquelles elle n'éprouve rien d'autre qu'une morne indifférence. Elle bat des cils ou joue des coudes, dérobe des verres et ose l'audace impérieuse en se servant parfois elle-même comme si les lieux lui appartenaient, une fois que son parfum capiteux envahit l'espace et s'y épanouit comme un poison. Elle a bu pour oublier et drainer ce vide douloureux à l'intérieur, elle a bu comme autant de lames affûtées pour affronter les démons qui étreignent un myocarde minuscule. Elle a bu, oui, mais ça ne suffisait pas, l'alcool. Ca ne suffit jamais et Rory aux prunelles trop brillantes, reine de son monde illusoire, brise la règle tacite de son propre jeu et se déleste de sa montre luxueuse dans les mains avides d'un dealer de bas étage. Elle le libère de tout et n'importe quoi dans une impatience mordante et sa fausse bienveillance l'agace. Le voilà qui balance des règles immuables comme s'il apprenait la vie à une môme, qui ose lui donner des conseils malgré ses iris polaires et Rory, il ne lui en faut pas plus pour faire l'inverse. Dans un geste de provocation assumé, elle glisse entre ses lèvres une poignée colorée comme des bonbons et l'intime au silence d'un La ferme. lapidaire avant de tourner les talons pour rejoindre son verre abandonné, bu par un-e autre. Elle attend la montée prodigieuse pour chasser l'arrière-goût âcre resté sur sa langue et si elle ignore combien de temps ça met ... c'est la surprise qui l'assaille. Il n'y a pas de montée et en l'espace d'un battement de paupière, tout est différent.
Rory qui éprouve peu, mal, se sent assommée par un sentiment d'extase rarement ressenti, un amour profond et absolu pour le monde et l'univers, quelque chose de fort et de cosmique qui la traverse comme si pour la toute première fois de son existence, elle était englobée dans la course folle de la vie au lieu de rester sur le bas-côté. Non, mieux, comme si elle manipulait entre ses doigts la planète entière. Elle s'extirpe péniblement du bar bondé et autour d'elle, tout lui semble vivant et coloré. Les objets les plus inanimés sont entourés d'une aura brillante, scintillante et sa perception du temps, de l'espace, s'efface au profit des sensations qu'elle ressent. Un bonheur indicible, aux couleurs violettes et chaudes. Rory ne le réalise pas, mais elle abandonne ses escarpins à l'orée d'un parc qui l'attire comme la promesse d'un bel amant. Ses pieds nus effleurent l'herbe et elle sent le moindre brin carillonner sous ses pas, sans que le froid glacial de la nuit ne gèle ses os. Rory n'est plus là et extrêmement présente à la fois, comme un élément connecté à tout ce qui l'entoure, pourvu d'une conscience accrue de tout et de tout le monde. Une entité omnisciente. Là-haut, les nuages sombres dansent pour elle et certains rient, éclatent d'un rire d'allégresse et d'en-bas, la princesse déchue rit de concert dans une partition si peu connue d'elle. Euphorique et insouciante, elle tourne sur elle-même et s'émeut de la beauté de ses gestes en observant ses bras semer derrière eux de longues traînées roses ou vertes, comme des centaines de lucioles minuscules pour accompagner ses courbes, pas plus grosses que des têtes d'ampoule mais si luminescentes, si belles, elle dont l'existence monochrome se plaît en ténèbres et écarlate. La lune aussi est superbe, elle apparaît distordue et gigantesque, nimbée d'une aura plus dorée que celle du soleil qui l'éblouit. Les heures filent au rythme de ses pas écorchés effleurant le macadam et Rory a l'intime sensation qu'un seul battement de coeur s'est écoulé lorsque petit à petit, elle s'éveille.
Elle ne vibre plus au rythme de la ville, elle n'est plus un tout, un ensemble d'atomes cohérent et magnifique. Elle redevient pas après pas, elle-même et ce constat lui écrase les épaules. Ce sont les sensations qui reviennent en premier. La morsure du froid sur sa peau laiteuse, les frissons et les tremblements et une douleur indicible, qui irradie partout et nulle part à la fois. Elle a du tomber, à plusieurs reprises, sous les coups d'une hallucination ou d'une émotion irrépressible, elle l'ignore. Mais outre ses pieds écorchés, son bras gauche l'élance et du sang séché strie son visage de poupée, le long de sa tempe. Le vent fouette son visage, violente ses mèches trop pâles et elle prend conscience de son environnement. Le toit d'un immeuble en construction, comme il en surgit des dizaines dans le quartier. Rory a grimpé les échafaudages comme un tapis rouge et désormais, c'est l'appel du vide qui allonge ses charmes insolents. Elle se penche longuement au-dessus du vide pour observer la marée noire invisible qui pourrait la happer aussi facilement. Délicatement, ballerine de peu, Rory étend ses bras, comme un oiseau, et ferme les paupières juste un instant. Sa descente est lente, pas violente mais tristement morose. Après avoir ressenti autant, vécu mille vies derrière les remparts de ses courbes, revenir au vide originel est douloureux. Il pèse plus lourd, plus fort, et Ro ignore comment nommer ce qui l'étreint. Une forme avide et absolue de dépression insidieuse, celle qui la nimbe en permanence sous le doux nom de la mélancolie pour vernis. Une résignation totale face à un avenir fade et évident.
Et puis soudain, ça la frappe : comme Perséphone, elle est parfaitement à sa place. Ses pas l'ont conduite exactement où elle doit être. Sous elle, c'est la bouche béante des Enfers, son monde et il lui suffirait de le rejoindre. Soumise aux acides qui rongent ses veines et grignotent sa conscience dans un trip nauséabond, Rory accepte son destin avec une évidente facilité. Ça lui paraît si facile, si ... beau finalement, comme seul le macabre sait l'être. Il lui suffirait d'un pas, songe-t-elle avec une tendresse insoupçonnée. Un pas, un seul, et tout serait terminé. Plus rien n'aurait d'importance. Sa cheville de nymphe flirte avec le vide et Rory oscille dans un sourire sur sa jambe valide encore au sol. Plus qu'un pas. Un seul. C'est facile, non ? Au crépuscule de sa courte vie, Rory a une pensée pour ceux qu'elle laisse derrière. Elle aimerait s'excuser mais elle ignore de quoi. Ce n'est la faute de personne, pas même de la sienne. Certains naissent ainsi, mal armés pour la vie, défectueux, déjà de l'autre côté. Généralement, la nature répare ses torts mais nul mal ne l'a jamais emportée, elle, préservée de tout dans un écrin doré. Sauf d'elle-même. Visage figé en direction des abysses, Rory cherche un signe, une dernière illusion qui lui semblerait vraie mais rien ne vient alors c'est au firmament que ses opales déchirées de drogue s'aimantent. Nulle étoile dans le ciel, elle qui les aime tant. Elles sont toutes mortes elles aussi, et Rory s'agite avec la sensation que son palpitant va crever sa poitrine pour décider à sa place et s'exploser neuf étages plus bas. Pour finalement s'asseoir au bord du précipice, silhouette schrödinger entre la lisière des mondes. Ni morte, ni vivante, écrasée par la tension insidieuse d'un mélange instable et toxique.

Spoiler:
 

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Côté coeur : il vague, divague entre les corps. mais il n'aime plus qu'elle, maintenant. unique fleur du bouquet aux effluves enivrantes.
Quartier : même s'il vole un peu partout, east vista c'est le nid.

MessageSujet: Re: clandestins (azur)   Ven 6 Juil - 17:27

la petite soeur est restée à la maison deux jours de suite au lieu d’aller en cours. puis l’ange a réussi à vendre des cachets, puis aider chez le fleuriste, vendre quelques tableaux aux commerces des environs, il en a peint pas mal aussi, un mélange de tout ça, doux train de vie sucré dont l’amertume s’efface en quelques cigarettes. mais les médicaments coûtent cher et l’ange a dû travailler plus que d’habitude. parce que la grosse carte, carte magique, est réservée aux occasions spéciales, pas aux rhumes.
puis la maladie semble transpercer les murs, surface poreuse de son téléphone se transformant en éponge à sentiments, c’est elle qui lui envoie des messages. mais rien n’est clair, la signification lui échappe. éternelle énigme, aurore semblait avoir un language encore moins déchiffrable que ses émotions. et l’ange tourne dans la pièce, se frappe presque les ailes contre les murs, laisse apparaître une auréole en s’arrachant les cheveux, dans ses rêves. et les ongles s’enfoncent dans les paumes, il bouge, virevolte, saute sur les murs d’impatience. et les intestins se nouent en un éternel fracas, faisant presque crier sa soeur fais-moins de bruit, azur !
il trépigne, trébuche, tressaute dans les marches d’escalier qu’il descend par deux, quatre, vingt. et il enfourche sa moto, son pégase. puis il a oublié le casque là haut, mais ’m’en fous.
et azur s’en va. arpente les rues, dans l’attente interminable d’un autre message, d’un lieu, d’une vue, de sa déesse meurtrie en haut d’un immeuble. puis les bâtiments se succèdent. rien ni personne sur le toit. puis l’ange vole presque pour voir l’état des dessus de chaque lieu, comme on observerait le crâne d’une personne trop petite.
et le téléphone vibre, azur sursaute. mouvement presque automatique, l’écran se relève vers son visage en un tremblement effrayé, mélangé par le soulagement de voir son nom s’afficher.
et azur il connaît tous les recoins de crescent, véritable carte sur pattes, puis quand rory lui fait une description lointaine et très figurative de sa position, ben l’ange vole, et arrive en deux minutes à vol d’oiseau, mon record.
puis il est en bas. et la silhouette brisée de son aimée tremble presque autant de lui, semble disjoncter, machine trop utilisée nécessitant du repos.
et l’ange bleu s’envole, laisse la moto derrière en grimpant aux échafaudages escarpés avant de se tirer sur le haut par la force de ses bras. et il arrive sur les pieds d’aurore, devant ses pieds couverts d’hématomes, tatouages d’une nuit venus décorer sa peau blanche, peau presque laiteuse dans laquelle il voudrait se plonger.
mais il se relève, yeux plus écarquillés que les siens, elle serre les mâchoires, qu’il observe, elle serre les mâchoires et elle est sur le haut d’un toit et elle... les pensées d’azur s’essoufflent presque, des milliers de millisecondes de silence s’écoulant trop à son goût. et il la serre fort, parce que même si putain ça fait nul elle est sous taz sûrement et je la serre dans mes bras putain qu’est ce que je fais ça le rassure. geste complètement naturel, presque instinctif. parce que le temps n’est pas aux explications, parce qu’elle est là et que lui aussi subitement. parce qu’il l’aime.
et sans briser leur étreinte, il la déplace un peu, presque trop du bord au goût de la demoiselle, "paradis cent fois retrouvé reperdu" comme disait l’autre. et c’était elle, son elsa, sa françoise.
le nez encore enfoui dans cette chevelure dont il n’était pas prêt ce soir à quitter le parfum pour une éternité morbide, azur marmonne entre les mèches tout va bien maintenant. c’est moi, c’est azur, ange.
desserrant légèrement l’étreinte éternelle encore trop courte à ses yeux, l’ange pose ses yeux maquillés de bleu sur la vénus.
je suis là, tu vois ?
entre ses mots il ne peut que se souvenir, au mauvais moment, par simple concentration déviée, de la chanson que l’autre passait dans sa chambre lorsqu’il est parti.
je suis là et tout va bien.
caressant de son pouce rugueux la joue à la douceur presque infantile de l’élue, la serrant ensuite à nouveau dans ses bras, accueil interstellaire d’un univers plus accueillant que celui dans lequel sa redescente la plongeait, étreinte aux reflets bleutés.
je suis là.

que tu es russe,
quand tu t’y mets
sur mon bavoir,
tu fais couler
des mots d’amour
qui piquent et brûlent ma gorge
mon envie de toi,
anastasia.

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MessageSujet: Re: clandestins (azur)   Sam 21 Juil - 12:57

L'appel du vide. Jamais cette simple expression n'a eu un impact aussi fort, alors qu'elle est là, au bord du précipice, à deux doigts d'y plonger. Rory regarde en bas et sous ses prunelles défoncées, c'est le Styx qui s'étale. Un fleuve immense qui coule indolemment jusqu'aux pieds de Nox et l'appelle dans un chant des sirènes. Qui la pousse et l'attire vers le bas, les ténèbres tentateurs qui, pourtant, son inexistants. Nuls limbes pour l'accueillir, seulement une route dénuée d'horizon ou de voitures. Mais la drogue occulte sa lucidité et métamorphose sous ses yeux le rien en tout, le tout en rien. Les clapotis fictifs parviennent à charmer ses oreilles et Rory ferme les yeux, Iphigénie sacrificielle prête pour le grand saut. Jusqu'à ce que les tumultes aquatiques se taisent derrière les murmures chuchotés, le timbre bas et tendre qu'elle connaît par coeur et la chaleur solaire d'une étreinte Une simple étreinte, pas de ces bras possessifs qui conduisent sur d'autres chemins de traverse qu'elle aime à emprunter. Non. Juste un peu de chaleur humaine contre son coeur glacé. Azur. Elle le reconnaîtrait entre mille, Ro. Même les yeux fermés comme à l'instant, même sous l'emprise des paradis artificiels au goût de flammes. Car si l'esprit se noie sous les abysses, il reste la mémoire intuitive, organique. Sensorielle. Celle du corps qui réagit et reconnaît, qui se détend doucement après s'être cabré, qui savoure ce mince contact, unique fil des Parques pour la maintenir en vie. La surprise est totale. Plongée loin dans les abysses, là où aucune main n'est en mesure de la saisir, Rory ne se souvient plus. De l'avoir contacté, de l'attendre, de désirer sa présence rassurante et tendre près d'elle. Azur, c'est l'éternel pansement contre les plaies, l'anti-Nox. Il aurait dû s'appeler Diem, c'est à ça qu'elle songe, Rory, alors que ses prunelles-galaxies tentent de s'éveiller de leur long sommeil pour se darder sur lui, et uniquement sur lui. Pas sur la nuit sans lune, dénuée d'étoiles, qui l'accable pour une raison qu'elle ignore. Mais sur lui. Le prince charmant, le chevalier en armure étincelante alors qu'elle désire son contraire, le méchant de conte de fées plutôt que le sauveur. Azur, c'est l'ange qu'on ne mérite pas, elle encore moins que les autres et parfois, Ro a le sentiment de le souiller, de le noircir de son toucher létal alors qu'il est l'un des rares flocons de pureté de son existence qu'elle cherche à préserver. Bien sûr, elle préfère les anges déchus, les Lucifer aux Azur, ailes plombées et lettres mortes mais ça ne l'empêche pas de refermer des brindilles vacillantes autour de sa nuque, silhouette vaporeuse qui menace de s'estomper à mesure qu'il se perd dans ses mèches si blondes qu'elles semblent blanches. Il est là alors qu'elle est plus proche de jamais de sa sa propre fin et Ro ensuquée sous l'acide dans ses veines et incapable de trancher, de décider si sa présence est une chance ou un fléau. Il l'entraîne loin du vide et naturellement, elle épouse ses pas sans réfléchir, minuscule et fébrile. Rory aux gambettes infinies, aussi longues qu'elles sont fragiles, revient du côté des vivants, sur le toit plutôt qu'à flirter avec le vide. Elle ne réfléchit pas, abandonne le Styx pour la terre ferme, malgré les battements erratiques de son palpitant qui semble protester en silence. Azur aux douces palabres qui sonnent pourtant si creux ... La pulpe de ses doigts, soyeuse sous les drogues, papillonne avec l'épiderme de cette apparition divine. Rory en retrace la moindre courbure, laisse ses phalanges frôler ses joues, l'arête de son nez, sa mâchoire ou ses clavicules bien dessinées, comme si elle avait besoin de sentir le palpable, le concret, de s'assurer de sa présence près d'elle. Azur n'est pas une illusion, fruit de son cerveau malade. Tu es vraiment là ou je suis en train de rêver ? Rory, elle préférerait rêver, pouvoir sauter dans le vide sans se soucier des conséquences sur son entourage, sans devoir mesurer l'horreur de ses os écrasés, du pourpre partout déversé. Longuement, dotée d'une délicatesse qui jure avec son minois ensanglanté, sa robe abîmée et ses pieds nus, Rory retrace méticuleusement le visage d'Azur et finit sa course contre son menton, à resserrer ses serres manucurées autour de sa peau. Non. Non, rien ne va bien. Et ça lui plaît généralement, le chaos de l'existence et la noirceur qui gagne chaque jour du terrain. Mais pas ce soir. Ce soir la descente est douloureuse et terriblement longue, plume lestée de plomb, et le spleen qui la nimbe en permanence semble se refermer contre sa gorge pour mieux l'étouffer. Regarde, les étoiles sont mortes. Ses phalanges meurtries par les chutes guident le visage angélique jusqu'au ciel noir de suie, comme un présage funeste qu'elle seule saurait percevoir, Cassandre réincarnée. Et ça lui revient soudainement, comme un bommerang dans l'estomac. Les messages cryptiques, l'absence d'étoile dans un ciel d'orage et le sentiment de vide à l'intérieur, accentué par les drogues qui creusent leur trou noir et déversent une mélancolie partout sur ce toit jusqu'à l'y noyer. Impossible de comprendre pourquoi ça la blesse et pourtant, le résultat est là. Rory est agitée, nez en l'air face à l'immensité d'un ciel corbeau, forçant celui qui a l'âme suffisamment belle pour les cueillir du bout des doigts à contempler les nuages menaçants et cette voûte céleste triste à mourir, vidée de toute lueur. Une angoisse innommable, née de l'artificiel des paradis, s'érige au creux de son ventre et déploie ses racines à l'intérieur jusqu'à prendre toute la place, jusqu'à pousser ses organes vers l'extérieur, écrasés contre les parois. Avant, j'étais capable de toutes les énumérer. Rory, qui travestit chaque souvenir du filtre de sa mélancolie, s'en souvient étrangement à merveille, malgré ce qui crame ses veines et asphyxie son oxygène. La môme déjà sur le fil s'allongeait dans l'herbe fraîche et apprenait religieusement les constellations les plus compliquées, fière de les montrer à son père comme si elles leur appartenaient. Lui l'écoutait et Rory, elle, baignait le ciel de vermeil et de légendes grecques, toujours tragiques. Ses prunelles anxieuses rivées sur la marée noire au-dessus d'elle glissent jusqu'à Azur, à mesure que ses courbes tendues à l'extrême réalisent que le danger est hors de portée. Son corps se détend, mais elle a toujours l'air d'une apparition, Rory. D'un fantôme ensanglanté des années cinquante, qui ne réalise même pas qu'il est déjà mort. C'est la dope, qui rend le tout plus difficile, plus triste, comme des sables mouvants à chaque pas malgré les doigts d'Azur contre ses pommettes saillantes, valeureux guerriers pour repousser l'obscurité. Mais c'est aussi elle qui offre cette lucidité incroyable, ce calme avant la tempête, ce sens du détail et des sensations indicibles. C'est la drogue qui la fait trop vite étouffer, entre ses bras, figurine vulnérable entre les mains trop douces d'un Pygmalion armé de lumière. Elle a l'impression de suffoquer contre lui et elle s'écarte, trop brusquement pour ne pas froisser les ailes dont elle ignore les sentiments vaporeux, elle qu'on aime généralement si mal, si peu, de manière éphémère pour éviter de s'y blesser. Rory conserve une distance de sécurité entre elle et Azur, préfère le vide qui l'attire à sa chaleur bienveillante. Le parapet accueille à nouveau ses courbes, mais cette fois, ses opales dévastées par la drogue sont vrillées sur lui, pas en direction du vide et de la nuit noire. Danse pour moi. Ordre de rien et timbre anxieux, loin des impériales de sa voix, Ro darde sur le sol un regard entendu, comme si elle attendait qu'il s’exécute par la seule force de sa volonté vacillante en descente. Rory habituellement si lucide ne réalise pas le mal que lui procure la drogue. Demain, elle aura oublié la perte de contrôle, l'interlude enchantée auprès de cet ami prodigieux, trop pur pour eux. Demain, elle n'aura qu'une vague plaie au visage et des cicatrices partout ailleurs, jusqu'au coeur sans cesse amoché, aveugle et sourd aux raisons de son trépas. Demain, elle chérira ce sentiment de détresse absolue, cette presque mort à portée de ses doigts. Demain, elle regrettera de ne pas avoir plongé jusqu'au sol pour se dissoudre sur le macadam. Mais ce soir, elle essaye tant bien que mal de se raccrocher à quelque chose, sans pour autant saisir les mains tendues, trop farouche pour ça. Non, elle veut seulement se nourrir de quelque chose de beau, laisser les gestes fluides et gracieux d'Azur chasser les démons qui la broient.

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MessageSujet: Re: clandestins (azur)   Mer 25 Juil - 12:43

en une caresse, un touché, la pulpe usée des doigts de la vénus l’interpelle. puis tu es vraiment là ou je suis en train de rêver? que la blonde demande. puis situation de sauvetage qui rappellerait celles des contes de fées, le prince bleu serait peut être une simple apparition, un rêve de fumée trop beau pour être vrai. mais réalité peut être trop embrumée, azur presse ses mains sur les épaules de rory, simple mouvement de réveil, parce que tu rêves pas petit coeur. je suis là, je suis là et c’est réel, je suis réel. parce que dans son rêve à lui, il l’aurait embrassée là tout de suite, mais c’est pas un rêve, je suis là et c’est pas un rêve et j’ai pas le droit de l’embrasser. puis elle pointe vers le ciel, doigts autrefois occupés à caresser ses pommettes étoilées le trompent pour d’autres firmaments. et regarde les étoiles sont mortes qu’elle énonce, uniquement pour recevoir un secouement de tête angélique en guise de réponse. elles sont pas mortes. non elles sont pas mortes. parce que tu es là, que je suis là, qu’on est en vie. on est là, rory, on est vivants. qu’il lâche en une inspiration, le souffle presque coupé par une déclaration presque trop forte pour leur moment, impressionnante et limite trop grosse. puis le vocabulaire est pas poussé, les mots sont pas recherchés, parce qu’azur il arrive pas à réfléchir, parce que l’ange n’est pas rassuré de voir la princesse s’envoler. jamais en sécurité, ses pensées se bousculent et tentent de la rattraper par des tournures de phrases qui perdraient le sens même de l’objection. avant, j’étais capable de toutes les énumérer. puis azur la regarde, un sourire trempé de mélancolie mélangé à un amour sincère, amour enfoui et bafoué mais toujours présent. et il sourit. un rictus discret, que l’on apercevrait pas si l’on ne voyait pas les plis autour de ses yeux. parce que même ses yeux sourient. et il s’approche. pose une main délicate sur l’épaule de l’étoile, et prend sa main pointée vers le ciel dans la sienne. en guidant son doigt sur un endroit précis du grand bleu, il lui chuchote presque ici c’est la ceinture d’orion. c’est une de mes préférées, une des plus belles à mes yeux. il marque un temps pour observer la réaction de la belle. puis ici l’étoile du berger.. et la grande ours ici. la petite est un peu plus loin, là, tu vois ? même mécanisme. puis tu vois, on pourrait apprendre à toutes les compter tous les deux? puis même si tu as tout oublié, hein? on pourra tout réapprendre ensemble ?
un temps, puis azur retourne la tête vers le firmament, cherchant maintenant l’étoile la plus brillante, l’étoile qui lui ferait presque un clin d’œil. et elle est là, elle est là et il sourit. et il se tourne vers la princesse, les étoiles du ciel apparaissant maintenant dans ses yeux à lui. regarde, regarde celle là. tu as vu comme elle brille ? le regard virevoltant entre ses deux étoiles, il sourit en grand. c’est vénus, celle là. il l’observe un temps, observe ses cheveux qui s’envolent un peu avec le vent. c’est toi, rory. c’est ton étoile, celle là.
et la belle s’écarte, s’envole en un moment presque trop rapide, mais azur ne bronche pas. parce qu’azur n’a pas le droit. et il la laisse s’envoler, s’en aller à une si mince distance de lui qui pourtant lui apparaît comme une centaine de kilomètres. et elle lui tend presque le menton, visant le sol en face de lui, le plafond sur lequel ils se tiennent, puis danse pour moi. et ses poumons s’effritent, deviennent presque compactes sous la demande de la demoiselle. incohérence du souhait. puisque la belle hirondelle vient presque de briser ses ailes, mais elle en veut plus, elle veut autre chose, elle veut de moi. et c’est chaque petit morceau de lui qui s’éveille, étincelles sur son corps l’entourant comme une nuée de lucioles, les étoiles ne font plus qu’un avec son corps bien trop gringalet pour toutes les porter. mais l’ange n’y pense pas, parce que penser à ce qu’il se doit de porter, la douleur de la belle qu’il doit endosser pour la rendre heureuse, c’est sombrer dans le chaos. et la commissure de ses lèvres s’ouvre un peu, cherchant presque quelque chose à rétorquer, une phrase qui la fera rire, ou qui l’étonnera. mais rien de tout cela. et mon afghane, je ne danse pas moi. je m’envole. paroles presque trop vraies pour qu’il se permette de les lui lancer, l’ange n’y porte que peu d’attention. et ses bras se déploient, ailes trop usées qui plissaient sous l’effort. mais pas devant elle. pas devant la belle. les ailes se lèvent, se délient comme les mots d’un poème, et il l’écrit. il l’écrit en s’élançant dans plusieurs sens, une certaine grâce émanant pourtant de ses gestes non calculés. et dans une lenteur presque lancinante, une lenteur suave et un poil sensuelle, l’ange chantonne. my funny valentine.. sweet coming valentine.. il saute un coup, presque prêt à s’envoler. you make me smile with my heart. et il tourne lentement autour de son étoile, caressant presque ses cheveux du bout des doigts, morceaux d’amour si fins. my funny valentine..

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clandestins (azur)
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