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 les animaux nocturnes } lio

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MessageSujet: les animaux nocturnes } lio   les animaux nocturnes } lio EmptySam 7 Juil - 18:08


les animaux nocturnes
wild beasts wearing human skins
c’est étrange, remarquèrent les hommes.
à la lumière du jour, les animaux nocturnes
avaient tous l’air humain.


le violon, d’ordinaire cantilène aux oreilles de n’importe qui, lorsque joué par un expert sonne comme un blasphème musical lorsque salem y dépose ne serait-ce que le petit doigt. la musique la répudie, la rejette catégoriquement. il n’y a pas de cœur quand elle fait chanter l’instrument dans une plainte entre cri de chat mourant et brouhaha industriel. c’est qu’elle n’a pas grand-chose à donner pour nourrir l’âme de la chanson. l’émotion lui échappe. le talent aussi, probablement. la vérité, c’est qu’elle n’a jamais eu le moindre don pour les arts, quel que soit leur nature. le violon ? simple vestige d’une initiative parentale d’humaniser leur tarée de petite fille. lui forcer un instrument entre dans les bras et espérer développer en elle une certaine sensibilité aux choses qui l’entourent. tentative vaine, évidemment. une énième au compteur des géniteurs lovecraft. mais à défaut d’avoir su insuffler le principe fondamental du genre humain à leur progéniture, ils ont au moins réussi à lui laisser un hobby sain parmi tous les autres que la morale désapprouve. une envie de musique, donc, sans un toucher particulier pour la pratiquer. là au moins, et peut-être plus que les autres, salem est en tout point humaine. le quatrième art la calme, la contient. à dire vrai, n’importe quel bruit qui ne soit pas discordant suffit à lui reposer l’âme. qu’importe la nature tant qu’il peut, le temps d’une chanson, recouvrir le vacarme cacophonique incessant qui lui hurle dans la poitrine. le vide ne pèse rien, n’a pas de corps ou même de bouche et pourtant dans le silence qu’il impose, jamais il ne cesse de gueuler. salem soupire. debout près de sa fenêtre, le violon continue de lui tenir tête. agacée par l’inharmonie des cordes, elle abandonne. son attention se porte sur la rue en-bas de son immeuble et du paysage auquel elle n’a pas le droit. elle n’aime pas east vista. en tout cas pas pour y vivre. elle voudrait habiter près de l’eau. et n’avoir pour seul voisin que l’horizon qui s’étend à perte de vue. l’idée de jouer de la musique sur la plage avec dans le fond un coucher de soleil rougeoyant ne lui sied que très peu. pourtant, elle n’est pas dégoutée à cette pensée. enfin, encore faudrait-il qu’elle sache aligner deux accords sans mutiler le genre musical tout entier. alors – d’ennui ou de motivation soudaine – salem se bouge et salem sort.

ouvrir la boite à musique.

l’étui de son violon à la main, elle pousse la porte de star records surprise de réaliser qu’il s’agit en fait d’un disquaire. c’est qu’elle n’y a jamais sincèrement prêté attention. se déplaçant presque exclusivement à pied, elle a simplement fini par imprimer le vague souvenir d’un vendeur de notes dans les environs. le style est rétro, une ambiance qui laisse salem remarquablement indifférente. sans grande surprise, venant d’elle. pas certaine de trouver ce qu’elle cherche parmi les rayons réservés aux collectionneurs et les vinyles pour hipster, elle s’aventure quand même à l’intérieur, voulant au moins tenter sa chance, une fois arrivée. « est-ce que t’as des partitions pour violon ? » elle pose son étui sur le comptoir comme pour accompagner sa phrase et se stoppe dans son geste. le visage qui la regarde lui semble bien trop familier pour être ignoré. d’ordinaire, salem a tendance à oublier ceux qu’elles croisent. pas du tout physionomiste et de toute façon complètement désintéressée, elle ne s’encombre pas avec ce genre de savoir inutile. néanmoins, le garçon en face d’elle la dérange. sans vraiment s’en rendre compte, elle porte la main à sa bouche, là où sa lèvre était ouverte encore quelques jours plus tôt après une fameuse nuit à chercher la merde. ça doit être ça. ça doit être lui. « je te reconnais. t’es le garçon de la dernière fois. » un ton égal. ennuyé à la rigueur. dans la pénombre, elle l’imaginait plus vieux et beaucoup moins chétif. là, dans la lumière du jour, au milieu de disques et de jaquettes colorées, il a juste l’air d’un enfant un peu perdu. « pourquoi tu t’es enfui ? » une question stupide, bien entendu. l’évidence de la réponse crèverait les yeux du plus stupide. mais si salem sait beaucoup de choses des émotions qu’elle feint, elle en ignore tout autant. la peur lui est totalement inconnue. elle ne la ressent pas, raison principale de son inconsidération. aussi, quand elle la voit dans les yeux des autres – si rare dans une ville de dégénérés comme crescent heights – forcément, elle s’en intrigue.

(© icons – skate vibes)
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