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 gaping hole (sds)

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- mante religieuse -
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Identité : ivy.
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Âge : twenty-two.
Occupation : astrologer, resident witch at the local esoteric shop.
Côté coeur : flatline heartbeat.
Quartier : harbor springs.

MessageSujet: gaping hole (sds)   Sam 28 Juil - 9:43

so what if there’s a gaping hole where our smiles should be.
so what if we can’t tell our blood and lipstick apart.
so what if our bodies are eating us from the inside out.
at least we gave them a show.


"So cuteness runs in the family, uh?"
A l'arrière du taxi, jambes gauches croisées sur jambes droites, elles ont roulé des orbites à l'unisson. La confusion est récurrente ; le chauffeur est loin d'être le premier à les prendre pour deux sœurs. C'est devenu de plus en plus fréquent ces dernières semaines et Gemma ignore si le fait que la ressemblance semble s'intensifier devrait l'exciter ou l'inquiéter. Elle laisse paresseusement la révélation hésiter à la lisière de sa conscience, trop à son soulagement d'avoir une sœur à nouveau, même si celle-ci n'existe que dans les yeux de ceux qui les connaissent bien mal. La façon dont elles expriment leur dédain commun - envers la supposition erronée, le compliment dont elles ne veulent pas, le piètre choix d'adjectif et le chauffeur en général - est tellement synchronisée qu'elle dément le dédain en question. Peut-être est-ce un simple phénomène de mimétisme. Ou peut-être que les points communs ont toujours existé, aimants contre la cage thoracique, destinés à se révéler lorsqu'elles se rencontreraient. Ce foutu prénom aveuglant contre lequel Gemma s'est jetée, à la fois phare et falaise. Les contemplations font des remous contre sa poitrine, la vodka contre sa langue. Le chauffeur leur adresse une question qui tombe à plat contre la banquette en skaï. Elles l'ignorent. Sa voix visqueuse suffit pourtant à ce que Gemma soit tirée de ses rêveries et, par décence, elle se force à arracher son regard brumeux du profil de Salem, pour le porter en direction de Harbor Springs qui défile de l'autre côté de la fenêtre ouverte. La nuit est salée et moite. La banquette colle. Le taxi tourne à l'angle d'une rue et Gemma est prise d'une vague de vertige au relent de dégoût. Elle suffoque dans l'enceinte de l'habitacle et celle de sa peau, sinus attaqués par l'iode, la vodka et son propre parfum capiteux. Scalp basculant contre l'appui-tête, elle ferme les yeux mais c'est pire. Contre ses paupières, Edna décède. Nikos oublie. Salem se lasse. Prise de claustrophobie, Gem ouvre grand la portière avant même que le taxi ne se soit totalement arrêté devant la luxueuse villa de bord de mer dans laquelle ses mères et elles viennent d'emménager. Elle lance un billet vers le siège conducteur et un au revoir à l'autre extrémité de la banquette. Alors qu'elle s'apprête à claquer la portière, les yeux de Gemma se posent sur son nouveau domicile au dessus du toit de la voiture. Dans la mixture tenace de mélancolie et éthanol qui lui baigne les gencives, c'est la vision des fenêtres mornes, toutes lumières éteintes, qui fait mouche. La maison dort. Elle se refuse à suivre l'exemple. Sur un coup de tête, elle se penche contre la portière, rencontre le regard de Salem dans la lumière jaunâtre qu'elle rend presque spirituelle. "Nightcap?"

Salem fait face au garde-fou de bois surplombant la flotte lorsque Gemma, une poignée de minutes plus tard, se glisse silencieusement sur la terrasse, une bouteille ouverte de Château Arrogance dans une main, son propre palpitant dans l'autre. C'est davantage un moment whisky, à l'évidence, reflet de croissant de lune sur les vagues, mais le Jack lui fait penser à quelqu'un et il y a quelque chose d'approprié, presque religieux, dans le fait qu'elles absorbent une substance rouge. Gemma dépose la bouteille sur le garde-fou avant de s'y hisser, tournant le dos à la mer. Elle aime les astres, Salem aime le clapotis de l'eau. Ça devrait être un grand moment de communion avec les éléments. Ça ne l'est pas. Pupilles rivées sur la grande maison toute en bois et pierres blanches, ses yeux rencontrent la lueur discrète à travers la fenêtre de la chambre de ses parents - un voyant resté allumé, ou de l'espoir qui clignote. Dans sa chambre à elle, il fait noir. "God, I hate this place." C'est matter-of-fact avec un soupçon de désespoir en fin de bouche. Un soupir verbal. Elle ne sait pas si elle parle de la maison, la plage, la ville. Résultat identique en fin de compte. Gemma soulève la bouteille et s'accorde une gorgée à même le goulot. Ne pas s'embarrasser de contenants est un choix conscient : boire du vin dans des verres à pieds, c'est une réception. Sans, une messe. Au clair de lune, les yeux de Salem sont deux perles sur un masque d'ivoire. "What are you still doing here?" La terrasse, la maison, la ville. Salem, ou sa fausse sœur, alter-ego dans le miroir déformant. Elle, sans l'humanité abrutissante, sans les mamans expansives et le myocarde décongelé qui laisse des traces roses d'hémoglobine sur le bois blanchi à la chaux de la balustrade. Elle, avec la porte de sortie grande ouverte et le signal EXIT qui clignote. Ça la frustre - illégitimement, hypocritement, elle le sait - qu'avec tout ça, Salem soit toujours ici.

_________________

why yes, i am the girl with the arsonist heart all your fathers warned you about.

and once one tree catches,
it’s not long before -
the whole forest lights up.
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MessageSujet: Re: gaping hole (sds)   Mer 22 Aoû - 12:17


gaping hole
we’re the sinking hearts that do not beg for mercy
of course we're pretty
but don't let it fool you
for we were blessed
with a little bit of honey
and a lot of poison too


so cuteness runs in the family, uh?
le silence finit d’embaumer le maladroit compliment, déjà mort et enterré sur les lèvres du chauffeur de taxi, regrettant sans doute sa décision de vouloir faire la conversation. car ni l’une ni l’autre de ses passagères ne dignifie la tentative par ne serait-ce qu’un hochement de tête entendu. seule une mimique agacée fait écho à la remarque et dans le bruit des mots qui ne se disent pas, salem entendrait presque le troisième œil de gemma rouler, lui aussi, dans son orbite. c’est une étrange erreur que celle commise par le conducteur. ces derniers temps, les liens du sang semblent être devenus des notions abstraites aux yeux de ceux qui les regardent ; tous, bien trop hâtifs de les qualifier de sœurs. pourtant différentes sur tous les plans physiques, peut-être existe-t-il quelque chose de plus fort, transcendant alors même leur apparence et rendant évident l’attachement qui les unit. jamais sœurs de sang et passés l’âge de s’appeler sœur de cœur, le terme et plus encore, l’idée de sœurcières semble trouver sa place naturellement dans l’entremêlement de leurs affinités. aussi, c’est parce qu’elles reconnaissent cet accord tacite quant à l’existence d’une filiation, relevant d’autre chose que le jugement si arbitraire d’un parent commun, qu’elles ne prennent pas la peine de le corriger sur son erreur. une méprise commune donc, mais elle n’est pas celle qui suscite l’intérêt. le chauffeur de taxi s’est trompé deux fois. salem et gemma ne sont pas sœurs, c’est un fait déjà pardonné. mais quel triste impair de les trouver mignonnes. l’une est royale, vêtue de robes d’allégresse et bien trop femme pour être adorable, bien trop noble dans son élégance acérée comme une arme pour qu’on la qualifie d’autre chose que magistrale, grandiose, magnifique. l’autre est une menteuse, arborant un apparats de vague innocence quand on ne laisse pas tarder son œil et cachant sous l’artifice un port toutefois convenable dans sa toxicité, possiblement plaisant et même beau, si on aime la vulgarité d’un regard à vif. l’une exsude des flammes, de l’ourlet de ses lèvres à la pointe de ses cheveux fauves. l’autre a le goût de la glace quand on l’embrasse et son étreinte est froide contre ses côtes. toutes les deux, famille par connivence, déjà jugées fraternelles dans l’opale de tous, elles sont beaucoup de choses. probablement plus qu’il n’est de mots pour les décrire. et c’est parce qu’elles sont tant que l’affront est considérable. elles, les héroïnes d’une tragi-comédie qui n’a plus rien de drôle, n’ont pas traversé le chemin de cendres pavé pour elles et fait tomber des tours de marbres, chacune à leur façon, pour que l’œil mal avisé les qualifie de mignonnes. la voix du chauffeur flotte à nouveau dans le taxi.
salem regarde l’ombre d’harbor springs se dessiner sur fond de ciel nocturne.
la portière s’ouvre.
gemma se presse hors de la voiture.
elle reparaît, la proposition d’un dernier verre suspendue à ses lèvres.
salem accepte.
à part elles, la nuit ne fait pas un bruit.
et personne n’a répondu à la question.

i’ll pour my thoughts into your glass

la bouche de l’océan embrasse tendrement celle du croissant de lune au-dessus d’elle. dans le fond sonore d’une ville qui prétend dormir, le clapotis régulier de l’eau à quelques pas fait écho à chaque geste, chaque parole. gemma a jeté son dévolu sur château arrogance, même si ça n’a pas beaucoup d’importance. aussi près de la mer, le moindre alcool prend des airs de vin de cérémonie. « who doesn’t? » gemma déteste cet endroit. salem aussi. on ne se plait pas à crescent heights, on s’habitue. les habitants glorifient ses vices, bien trop heureux de regarder la misère gangrener leurs voisins sans même se rendre compte du cloaque dans lequel eux-mêmes traînent. ils s’attachent à la violence de leur cité malsaine comme on s’entêterait à ne jamais quitter l’homme qui nous bat ; la prophétie d’un avenir meilleur toujours plus forte que l’envie de disparaître. c’est l’épicentre des étoiles, après tout – mais il n’y a que les touristes pour y croire. alors crescent fait la belle sur les photos et dans les cartes postales. pourtant, tout le monde sait que c’est une menteuse. salem a en horreur ses sites et ses rails. il lui reste au moins le bruit de l’eau. « i’m guessing you don’t just mean, “here in this town”? » gemma a l’air irréel dans le tableau parfait des éléments unis. elle est hespéride dans le jardin des pommes d’or, sublimant la lumière qui la touche d’un aspect dévot. salem laisse traîner son regard sur elle, peu encombrée par la convenance qui voudrait qu’elle arrête. « it doesn’t really matter, anyway. the answer would be the same regardless of what you meant. » elle prend la bouteille des mains de gemma pour y boire à son tour. si c’était bien d’une cérémonie dont il s’agissait, elle commençait maintenant. « i don’t have any reasons to be here or anywhere for that matter. i’m just passing time, trying not to get bored. maybe waiting for the next disaster to rear its head. besides, i don’t have anything better to do. » finalement, son regard s’arrache de la silhouette de gemma et se perd dans l’infinie étendue bleue. le ciel ou la mer, peut-être les deux. « you? what’s your excuse? »

(© ICONS – mayasume)
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