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 barred in warning (mila)

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- mante religieuse -
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MessageSujet: barred in warning (mila)   Sam 11 Aoû - 6:28

maybe she is teeth barred in warning
but never knowing
who the enemy is
or what she is threatening off


Le hasard fait définitivement trop bien les choses.
L'effet de miroir n'aurait pas pu être plus parfait s'il avait été volontaire. Gemma se donne un mal fou à ne pas le voir, à ne pas la voir, mais brûler un trou dans le coin de sa rétine n'a servi qu'à concentrer toute son attention sur le tableau derrière la tache noire. Les verres de vodka tonic ont réussi à tout atténuer - sauf elle. Dans ce bar flou, Mila est la seule image aux contours nets, plantée à la lisière de son champ de vision. Installée, princière, sur un canapé du coin VIP, pile face à celui où Gemma a élu résidence. Autour du demi-cercle, peu importe d'où l'on démarre le compte, l'une règne sur la seconde alcôve et l'autre sur la pénultième. Trois compagnons d'un côté comme de l'autre. Elles ont poussé la symétrie jusque dans les fringues ; robes courtes, sans manches, cheveux lâchés, et là où Gemma fait contraster sa chevelure rubescente avec du satin noir, Mila aux mèches sombres resplendit en vermillon. Gemma ne serait pas étonnée d'apprendre qu'elles sirotent leurs boissons hors de prix au même rythme, prononcent les mêmes expressions blasées dans autant d'oreilles tendues au dessus de la musique criarde, s'ennuient avec la même ferveur dans leurs royaumes respectifs. L'ironie de leur gémellité est d'autant plus tragique que Mila est selon toute probabilité la personne la plus intéressante dans ce foutu club. Ballet guindé de visages identiques, familiers sans l'être car t'en as vu un et tu les as tous vus. Poignée de connaissances pour partager trois bouteilles et deux mauvaises conversations. Gemma  ignore ce qu'elle fout là à part se conformer à un stéréotype auquel rien ne la force, si ce n'est un certain pragmatisme. Maintenant qu'elle n'est plus l'astrologue d'Edna, la sorcière de la haute, il faut bien qu'elle soit quelque chose. Reprendre là où elle l'a laissé le chemin tracé par le microcosme doré qui l'a vue grandir est l'option la plus facile, à défaut d'être la plus excitante. Elle a accepté l'invitation par dépit, parce qu'il n'y avait ni éclipse ni gala pour l'occuper ce soir, pas les mains de Blaise ni les mots de Salem. Le Majesty, autrefois un must, s'est transformé en un par élimination. Ça a beau être son monde, goulot de champagne aromatisé Chanel, il est recouvert d'une couche de poussière épaisse dans laquelle ses griffes laissent des traces. Il est resté exactement dans l'état dans lequel elle l'a laissé. Orange Grove n'a pas changé mais elle si, et la prophétesse est désormais certaine - appelle ça troisième œil, appelle ça sens commun - que la seule personne à même de comprendre, c'est Mila. Le même parcours, à peu de choses près. La soie, le Sinners et le sang, princesses d'ivoire aux couronnes de fange. Et il y a quelque chose de malsain, ou peut-être simplement dévot, dans le fait que malgré qu'elles ne se soient adressées la parole qu'à deux occasions, qu'elles n'aient jamais réellement coexisté si ce n'est dans les yeux des autres, Gemma soit prise de l'envie subite de traverser l'espace jusqu'à elle, apposer sa paume sur son bras et lui demander si elle va bien. Peut-être que c'est cette impression de la connaître, le déjà vu tenace de l'autre côté du miroir. Peut-être que c'est la vodka, dense et iridescente dans ses artères, qui éclaire Gemma de l'intérieur jusqu'à donner à sa pâleur des reflets bleutés. Ou peut-être n'est-ce rien de plus que l'éducation sororale quasi militaire - il n'en demeure pas moins que, même à travers son filtre d'ignorance volontaire, même au coin de sa cornée, elle la voit. Cette main manucurée, bronzée, parfaite, posée à plat contre le plexus d'un ogre qui souffle dans le cou de sa propriétaire. La rigidité des doigts ne laisse aucune place au doute, est confirmée par l'angle de la mâchoire ; Gemma connait le geste pour l'avoir trop souvent esquissé, déchiffre l'aspérité pour l'avoir trop souvent vu la bouche de ses sœurs la revêtir. En une seconde, elle est sur ses pieds, attrape sa pochette, lance un adieu las à sa compagnie au dessus des basses. La seconde, elle se matérialise en sainte patronne des sylphides en détresse, surplombant le chasseur et la biche. Elle revêt fausse familiarité comme une seconde peau, s'adresse à Mila avec un agacement feint dont la performance est atténuée par l'ivresse. "T'étais supposée me retrouver au vestiaire. Ça fait vingt minutes que j'attends. Le taxi nous attend devant." Mila est seule, Mila est saoule. Gemma ignore où s'est dissolue sa société cocktails-roses-dents-blanches, mais si sa suite n'est plus là pour s'occuper d'elle, qu'à cela ne tienne, elle récupère la torche sans se poser de question. Une discipline de soldat gravée dans les flancs, leaving no woman behind. "Merci de ton aide. Je prends la relève." Sourire clinique à l'intention du nuisible. Il y a de la glace derrière ses mots, mais trop de miel pour qu'il le prenne comme une menace. Gabarit trop peu intimidant pour la confrontation, Gemma se replie sur le compromis, lui offre une sortie noble tout en s'assurant qu'il dégage. Mila est seule, Mila est saoule, et si cet abruti n'ôte pas ses pattes souillées d'elle dans les 0.2 secondes, il en perdra définitivement l'usage.

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MessageSujet: Re: barred in warning (mila)   Dim 12 Aoû - 15:27

Palette réverbescente sous les néons charivariques. Il suffit de quelques perles d’alacrité saturées à l’ivresse et c’est toute la pièce qui devient un kaléidoscope phosphorescent qui tourne atrocement trop vite. L’impression herculéenne d’un mouvement qui n’est que le produit d’un esprit trop distordu et malmené par une énième gorgée par même savourée, et le tournis vigoureux qui tord un peu plus les contours du réel. Au fond du cristal, elle espère trouver l’absolution totale des vices sales qui lui jalonnent le myocarde, la dissolution de toutes les ecchymoses encore trop vives constellant son corps comme preuves implacables. Et même si quelques couches épaisses de maquillage couplé à des froissements sibériens de lèvres parviennent à faire écran de fumée aux pupilles externes, elle le sait. Le sent dans ses viscères : la déchirure immonde qui transforme son organe en tas de sentiments rachitiques. Le monstre estropié est muselé ce soir, elle ne le sent presque plus gémir dès que ses souvenirs turpides remontent comme une infection rampante des limbes de son esprit. Presque, parce qu’il a toujours la brûlure lancinante qui fane son impassibilité fragile. Ornement autour de la cheville pour l’oeuvre de Ferdie, parure qui dégouline de la gorge pour celle de Nikos. Elle a toutes les teintes aux pigments saturés du courroux qui tâchent le corps, un nuancier complexe articulé autour d’une couleur primaire violacé. Quelques gerbes de passe-velours, de chrome, un peu plus de céruléum qui s’écoule pour pourfendre le mordoré de sa peau. Mais tout est parfaitement camouflé, alors elle s’emmure elle aussi dans un paraître devenu presque préoccupant tant il s’amoncèle sous ses traits avec une facilité totale. Il lui est presque devenu plus naturel de feindre que d’assumer les vrais soupirs qui lui ponctionnent le coeur. Le mensonge épousé contre le palet comme langue maternelle de substitution, ses mots débordent de sa lèvre inférieure avec autant de sincérité que de véracité : aucune. Elle se fiche bien de faire briller son élégance et franc-parler avec ces personnes dont elle n’a même pas cherché à saisir le prénom. Le retenir, plutôt. Peut-être qu’à sa droite, c’est un James qui hoche idiotement le chef pour appuyer le débit impressionnant de conneries que Derek parvient à aligner en si peu de mots. Peut-être qu’à sa gauche, c’est la paume pressante de Benjamin qui colonise sa cuisse, ou alors celle de Garrett. Qu’importe. Son regard à elle est éludé vers le reste de la pièce, noyé dans l’entrelacement sibyllin de corps qui d’aussi loin n’ont pas de visage. Et elle leur trouve là un intérêt pittoresque, nacré dans le manteau mystérieux qui les imbibé, piqué à même la chair dont elle ne sent pas la chaleur pulser aussi proche d’elle. Elle s’immerge dans une auscultation à l’aveugle des tréfonds d’esprits étrangers, s’amuse à inventer des trésors et des carences à cette fille étouffée par sa robe assurément trop petite. Dessine une alliance bafouée à ce type accoudé au comptoir, et lui trace une multitude de chimères tout le long de la peau. Eux ne la connaissent pas non plus, et elle finit par se demander quels secrets on peut bien lui inventer. Où est-ce qu’elle paraît trop fade dans un décor où les similitudes se comptent par douzaines. Pour une des premières fois de sa vie, elle se complaît étrangement dans la banalité. Elle qui est d’usage trop assoiffée d’éclats d’attention et qui se nourrit mal-sainement des regards coulés sur sa silhouette se retrouve presque avide d’oubli. Mais le seul oubli qui la nécrose, c’est le sien, alors qu’elle réalise que sa compagnie s’est graduellement amincie et qu’il ne reste plus qu’un souffle ardent le long de sa clavicule. Ça, et sa main qui profane sa jambe. La seule résistance qu’elle lui appose est une main appuyée contre son torse, et un regard toujours vitreux perdu dans un horizon obstrué. Elle se fiche bien d’être traitée comme un objet qu’on balance dès qu’il est fissuré, ou que son éclat s’est terni. Elle se fiche encore plus de cet étrange voïd qui lui hurle sous les côtes, du néant tonitruant engouffré dans son crâne. Vide, elle est vide. Jusqu’à ce qu’une silhouette étrangement familière viennent briser sa léthargie passagère, et qu’elle trouve la force de concentrer ses pupilles vaporeuses sur son visage. Elle hésite, entre un intervention divine, ou bien entre une visite provenant tout droit des limbes les plus profondes. Ses mots s’encastrent violemment contre ses tympans, une demie-seconde - ou dix - pour en extraire le sens, et aussi vite ce sont ses lèvres qui se décollent pour parfaire la pièce. Le taxi peut encore attendre un peu tu ne crois pas bébé? Le dernier mot est beaucoup plus incisif, elle le fait siffler juste contre l’oreille du type qui s’est déjà décollé d’elle et achève de le conforter dans la réalisation qu’il ne tirera rien de plus d’elle si elle est déjà promise à quelqu’un d’autre. Quand il est finalement redevenu un sans-visage de plus au milieu de la foule, Mila reste avachie dans le sofa, sans prendre de se relever pour une quelconque règle de bienséance. Je contrôlais la situation, mais merci j’imagine. Tu peux retourner t’occuper de tes affaires maintenant que t’as fait ta bonne action de la soirée. Nouvelle gorgée pour laver l’acidité incontrôlée qui lui coule de la langue à la vue de Gemma. Elle et tout ce qui lui est associé, elle entends presque les rouages de son esprit poussiéreux redémarrer pour la replonger dans cette atroce spirale de souvenirs tortueux. Ça couplé à l’ivresse prononcée qui lui embue le système et saccade ses mots, et le cocktail idéal pour faire resurgir une amertume réprimée est fraîchement servi. Ou alors c’est le moment que t’as choisi pour me reprocher d’avoir couché avec ton mec? Pas de prénom, elle préfère s’auto-convaincre qu’elle en a oublié la sonorité, mais un pseudonyme parfaitement équivoque. Elle avait tenu très exactement 20 secondes et une poignée de dignité avant de se retrouver à nouveau dans les boues crades de ses sentiments qu’elle pensait anesthésiés depuis. 20 secondes et encore une éternité à purger.
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MessageSujet: Re: barred in warning (mila)   Jeu 16 Aoû - 15:18

Qu'il croie au scénario de Gemma, à l'épithète de Mila ou encore - selon toute probabilité, la réponse c - à la capacité du duo à lui poser plus de problèmes qu'une paire de seins n'en mérite vraiment la peine, le résultat en est le même. Le parasite décampe sans opposer de résistance. Il est apparemment plus éclairé que Gemma ne lui en aurait donné crédit. Pourtant, elle ne le respecte pas plus pour avoir lâché l'affaire si rapidement qu'elle ne le faisait pour laisser l'ivresse des filles faire les présentations à sa place. C'est épidermique, c'est immédiat : à l'instant précis où sa main quitte la cuisse de Mila, Gemma respire, se dénoue, le sang pugnace circule à nouveau entre les jointures de ses phalanges, pochette prise en étau dans son poing serré. C'est à peine si une seconde arrive à se glisser entre le moment où l'ogre réinstaure un ruban de vide entre sa peau et celle de Mila, et celui où son attention est appelée ailleurs, invoquée par une autre paire de jambes chancelantes. Habitude de la sentinelle, Gem l'observe faufiler ses écailles entre les corps scintillants jusqu'au bar. Elle conserve sa stature au coin de la paupière, le ressentiment en alerte même à travers le rideau d'éthanol qui voile son regard. Par éthique autant que souci de cohérence, Gemma devrait garder les prunelles rivées sur lui, s'assurer qu'il n'aille pas jouer à une autre la symphonie dont il a voulu étouffer Mila, mais celle-ci s'approprie son attention d'une voix âcre, une lame qui cisaille la musique hypnotique entre elles. Mila occupe le canapé comme une reine païenne, supériorité languide et affalée qui prétend posséder la pièce et tout ce qui s'y trouve. En réponse, Gemma se redresse, utilise sa position verticale à son avantage - elle qui ne peut jamais être grande que quand l'autre est à ses pieds. Elle reste impassible, glaciale, croise les bras sur la poitrine comme un automate promotionnel de power pose. Le sarcasme a beau suinter des mots de Mila, il n'est pas suffisamment corrosif pour trouver de la chair sous le gel. Elle s'attendait à pire qu'une pincée d'ironie sèche. Gemma ne s'embarrasse pas à répondre que non, à l'évidence, elle ne contrôlait rien du tout et ça se voyait à son regard gaussien depuis l'autre putain de côté de la boîte. Dans le fond, elle ne doute pas de la capacité de Mila à se défendre. Seulement de son envie à le faire. Elle garde sous la langue l'envie de répondre que c'est exactement ses affaires, cette prétendue bonne action. La chasse des reptiles est son affaire principale et, surtout, la seule qui est encore susceptible de les relier. Désormais, ni Kitty ni Nikos ne peut encore prétendre au titre de ligne pointillée. La faute à l'entropie, à l'inexorable descente vers la dispersion. "J’ai rien à te reprocher. Toi et lui, ça ne me concerne plus." Si l'intention est bel et bien sincère - à défaut que les mots ne le soient tout à fait - elle est amenuisée par les bras croisés, la hauteur rigide, les traits de marbre. Comme pour donner du poids à sa déclaration, elle laisse retomber ses mains le long du corps, injecte un peu de souplesse à sa nuque. Laisse cette foutue sollicitude, qui s'est désolidarisée de la vodka et en recouvre la surface comme une tache d'huile dans un verre d'eau, monter jusqu'à ses yeux. En vérité, elle voudrait lui en vouloir. Tout serait plus simple s'il était possible d'assigner le blâme à une tierce partie. Une étiquette commode à apposer sur les impacts de balle, en vouloir au flingue plutôt qu'au tireur. Dans le fond, sous les couches successives de principes, de fierté et d'une certaine dose de lucidité, peut-être que Gemma la déteste d'avoir été continuellement présente au bon endroit, au bon moment. Sauf que, déformation professionnelle, elle croit trop au destin pour ne pas voir ça comme un signe. Elle continue à croire que ça n'a jamais été son histoire, que celle-ci a commencé à s'écrire longtemps avant qu'elle n'apparaisse dans le tableau - parce que c'est tellement plus digne. Ses yeux balaient l'alcôve et, au delà leur bulle, la foule qui frémit. "T'es seule ?" C'est rhétorique, inutile, son entourage s'est clairement dissolu dans l'opacité des corps. C'est surtout destiné à amortir ce qui suit. Gemma a déjà dégainé son téléphone et commande un chauffeur du bout de l'index. Aucune foutue chance qu'elle laisse Mila se noyer seule dans son propre état vitreux. Elle a une conscience, une morale, un sentiment de loyauté inexplicable envers cette fille et, surtout, besoin d'un alibi pour échapper à cette geôle.

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MessageSujet: Re: barred in warning (mila)   Dim 19 Aoû - 14:41

Des fragments de constellations ravagées qui ondulent à la surface de ses opales, la faute au pétrole qui miroite au coeur de ses veines certainement, Mila observe de sa vision gommée le foutu tableau de sa déchéance. Dans la stature impériale de Gemma, elle trouve toute la substance de sa propre ignominie. Là où elle s’enivre de la clarté aveuglante qu’elle transpire dans son écrin de satin fuligineux, elle se transpose dans un univers parallèle où les joyaux sont ternis et où les crevasses de l’asthénie maladive dessinent un milliard de ravins dans son visage. Pur produit manufacturé par son égoïsme courroucé, elle s’était imaginé une nouvelle fois dénicher les même stigmates de géhenne sur elle, et contempler à travers ses propres yeux une déchéance bilatérale. Finalement, elle est confrontée à un trésor de placidité pure et dure. Un éclat brut, qui cette fois n’est pas souillé par la moindre fêlure. En surface, tout du moins. Mais ses capacités de dissection sont fortement amoindries lorsqu’elle a émoussé la lame de son scalpel à généreuses goulées de Grey Goose. Encore plus alors qu’elle est déjà trop vampirisée par sa propre introspection, et dévoyée dans les abîmes de ses propres limbes. Là où elle pourrait se féliciter du retour pompeux de l’autolâtrie qu’elle endeuillait, c’est vite le constat du néant outrageusement stérile qui colonise son myocarde qui la passionne plus. L’affole juste un peu, aussi. Mais les craintes ne parviennent pas à fleurir sous le joug ubiquiste de Gemma, perchée dans des cieux qui lui paraissent à présent inatteignables. Il n’y a plus que l’amertume dégueulasse qui miroite sous la langue à la réalisation qu’avant, elle y était aussi. Entre les astres et les supernova, coincée dans un Eden distendu mais enviable quand-même. Lorsque la possibilité de s’extirper de cette enveloppe charnelle immunisée à la moindre passion abrasive, porte de secours incarnée par la colère, elle s’y glisse sans réfléchir. Tente de lui maculer le chef de toute l’acidité qui coule dans sa salive, mais là aussi le poison est devenu insipide. Foutrement efficace, et c’est avec toute l’étendue scintillante de son indifférence qu’elle entre en collision. Le crash ne parsème même pas le moindre supplice dans son système, pas une seule décharge pour exciter les muscles. Elle se retrouve seule à s’enfoncer dans les marécages miasmatiques de son émulation prononcée à son égard, quand elle sent les boues de sa propre jalousie gonfler ses poumons. Mila oscille entre l’envie opiniâtre de poursuivre sa lutte en sachant que toutes ses lames s’ébrécher conter ce marbre indéfectible qui semble couler sous son épiderme, et celle de baisser les armes. Et à sa question, c’est la deuxième qui s’impose. S’engonce douloureusement dans sa trachée aride, qu’elle noie d’une gorgée névrotique. Non, j’ai tous mes amis imaginaires. Sarcasme imbibé d’ébriété prononcée qui hache les soupirs, alors qu’elle module sa bouche pour lui donner tous les attraits d’une plaisanterie nébuleuse. Et toi aussi maintenant je suppose. Même si le phrasé meurt sur un affirmatif, c’est le sourcil qui s’arque pour appuyer sa vérité. Vérifier qu’elle a bien interprété ses motivations, soucieuse de peut-être avoir perdu cette maîtrise céleste de ce langage silencieux qui leur est propre. Sous les mots, elle en écaille d’autre. Sous les quelques froissements de paupière, elle décèle des rivières de pensée. Mais ce soir, elle doute. Bute grossièrement dans cette manipulation habituellement si primitive des envies et motivations non linguistiques. Revers de main abrupt pour épousseter ces spores de réflexions tortueuses alors qu’elle vient agripper le poignet de Gemma d’un élan brusque, vicié à l’ivresse, pour l’inviter - plutôt lui imposer - de la rejoindre sur le divan. Coloniser un royaume qui lui semble bien trop dépeuplé. C’est quoi le plan du coup, tu me ramènes chez moi? J’imagine que j’ai pas le choix de toutes façons. Sa vision gommée mets quelques froissements de secondes pour s’habituer à la nouvelle proximité de celui de Gemma, aux nouvelles ombres qui y sont creusées par les néons dégoulinants au dessus d’elles. J’ai juste un très léger soucis. J’ai perdu ma pochette, avec mon téléphone. Et mes clefs, aussi. T'as une solution pour ça? L’énumération s’achève sur étirement sensible de ses lèvres, copie pâle d’un sourire mi-gêné mi-amusé infusé à l’inconscience propre aux paradis artificiels où elle se noie dangereusement. Où elle y boit la tasse même. Mais tout semble étrangement anodin et clairement pas sujet à la moindre préoccupation quand elle est baignée par ce halo ensorcelant qui suinte de chaque pore de sa peau, de son être.
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