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 end of the road (nikos)

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MessageSujet: end of the road (nikos)   Mar 6 Fév - 10:48

get out the car baby, please,
cause any further, you can never leave.
and don't say I didn't warn you,
or that you never saw it coming.
don't say I didn't warn you.
we saw the target and the loaded gun.

Le vent fait claquer son fouet contre sa joue, elle serre les dents. Elle n'est pas habillée pour ça, elle est jamais habillée pour ça, elle décide pourtant de marcher. Le froid lui ferait presque faire demi-tour, mais cela fait une semaine qu'elle se retourne dans les draps, regarde au dessus de son épaule, attend que la guillotine s'abatte sur sa nuque. Elle n'en peut plus. C'est une règle générale, Gemma n'attend pas sagement que les choses lui arrivent. Elle provoque, elle contre, elle fonce tête la première. Cela fait une semaine qu'elle retarde ce qu'elle a tôt fait de considérer comme inévitable. Elle piétine, elle hésite, et cela ne lui ressemble tellement pas qu'elle en vomirait de la bile sur un des amas boueux de neige souillée qui recouvrent Night Falls. Le blanc puritain s'est fait gris purgatoire et ça va mieux au teint de ce trou à rats. Rien n'est masqué, tout est sale. Elle n'aime pas cet entredeux, il la répugne, la reine des glaces exècre la fonte. D'autant plus que le dégel sous ses bottes fait écho à un phénomène similaire dans sa cage thoracique auquel elle refuse d'accorder la moindre seconde d'introspection. Les errances morales ne sont pas de son ressort, elle qui fonce toujours tête baissée, et elle décide de joindre le littéral au figuré. A la sortie du Sinners, elle s'enfonce dans le col de son manteau, ignore le vent de face qui semble lui crier de rebrousser chemin et les sifflements des types qui végètent devant la façade, propriétaires de rien à part de leurs voix graveleuses, ni le courage de pousser la porte, ni la décence de rentrer chez eux. Elle tente de ne pas laisser la buée de leurs souffles se créer un chemin jusqu'à sa nuque. Des abrutis dans leur genre, elle en bouffe trois au petit déjeuner dans un bol en porcelaine. Elle se le rappelle férocement, peur de rien, mais elle presse le pas. Le Roaring Lion apparaît trop vite, il n'est déjà plus question de changer d'avis, elle a un pas dans l'embrasure et, putain, elle aurait vraiment dû boire un verre avant de quitter les filles, la vodka qui fait serrer les poings ou le champagne qui fait retrousser les lèvres. Tout plutôt que la lucidité clinique qu'elle manie mal avec lui. N'importe quoi pour émousser les arrêtes contre lesquelles elle s'écorche. Elle n'essuie pas ses semelles, elle ne balaie pas la pièce des yeux, aucun obstacle entre elle et son objectif - tête baissée. Le parquet est déjà détrempé de toute façon et il n'y a rien à voir. Elle connaît par coeur la fréquentation de fin de soirée, le bourdonnement solitaire, l'odeur de bière et de résignation, un bar rempli de clients et vide de sens - elle sait. Première encoche sur la longue liste de ce dont elle se souvient malgré elle, de ce qui sera à oublier dès demain matin. Lorsque elle approche le bar, Nikos ouvre la bouche - deuxième point sur la liste, cette foutue bouche - elle l'interrompt d'une paume dressée entre eux. "Je suis pas venue pour te récupérer." Le terme est nébuleux, mais il est tout ce qu'elle a. Récupérer, comme si elle l'avait jamais eu, comme s'il avait jamais été sien. Il est beau, il est face à elle, il est vivant, il continue à exister lorsqu'il n'est pas pressé contre elle et ça ne devrait pas faire aussi mal. Elle est pas là pour lui, elle est pas là pour lui, elle est pas là pour ça, et rester immobile n'a jamais été aussi difficile. "Ni pour lui." Elle le voit venir, elle balaie la riposte avant qu'elle aie le temps de fleurir sur la langue de Nikos - elle a tenu promesse et elle ne sait même pas pourquoi, elle ne comprend pas ce besoin pathétique d'être loyale envers son foutu bourreau. C'est comme ça qu'elle choisit de voir Nikos, désormais. Ça rend l'absence moins venimeuse. Il n'a pas conscience de ses griffes. Elle n'en est pas moins griffée. "Cette femme, au country club. Elle te connait. J'ai besoin d'être sûre qu'elle ne dira rien." Rapide et douloureux, comme un pansement. Oui, il la méprise, oui, elle enfonce le clou. Mais c'est ça le positif, entre eux. L'avantage du tango du dégoût ordinaire. Quand on démarre à rock bottom, on ne sait pas aller plus bas. On n'a rien à perdre. Peut-être que les nuits blanches et le manque bleu sont placardés sur son visage, peut-être qu'ils se lisent dans le tressaillement de ses lèvres. Peut-être que Nikos saura les deviner, ou peut-être restera-t-il aussi pitoyablement aveugle qu'il l'a toujours été. Parce qu'elle n'a peur de rien, Gemma, c'est ce que dit la légende. Surtout pas de lui, surtout pas de sa bouche et de ce qui en sort, surtout pas des souvenirs dont elle ne veut pas et de l'amnésie qu'elle se refuse. Peur de rien, pas même de s'agenouiller aux pieds de l'échafaud et de tendre sa nuque en offrande.


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MessageSujet: Re: end of the road (nikos)   Mer 7 Fév - 3:36

Son regard mauvais suit ses faits et gestes au millimètre. Il se croit tellement malin avec son petit sourire en coin et ses rides aux coins des yeux. Qu'est-ce qu'elle a pu lui trouver ? Il imaginait sans problème le corps de lâche que ton t-shirt devait masquer. Ses pecs tout mous et son ventre dépourvus d'abdos. Ew. Au moins Gemma avait du trouver son torse confortable comparé à Nikos qui pouvait être plutôt désagréable à pratiquer quand il était en période de sèche, tous muscles saillants dehors et son pourcentage de masse graisseuse au plus bas.   Même son prénom était un prénom de connard maintenant qu'il y pensait. Adam. Quel genre de baltringue s'appelait Adam. La seule raison pour laquelle il le vire pas, c'est son orgueil. C'est objectivement un bon barman et les clients le respectent. Hors de question de mettre à mal son business pour une histoire de cul, hein. C'est ce qu'il se répétait à chaque nano-seconde où il devait subir sa présence. Le virer était un aveu de faiblesse qu'il pouvait pas se permettre vis à vis de lui-même. Alors il subissait. Dans la limite de possible. Adam, tu peux y aller. Y'a personne ce soir, je m'en occupe. Le barman le regarde, circonspect, puis hausse les épaules et se barre sans demander son reste. Nikos le regarde passer la porte non sans une certaine satisfaction. Voilà c'est ça barre toi. Un problème en moins à régler. Depuis l'épisode du Country Club, Nikos avançait dans une brume de haine et de remords. Lui qui avait toujours été insomniaque à la mort, se retrouvait à errer dans les rues de Night Falls enneigées, du Jack Daniel's à la place du sang dans les veines. C'était son père qui l'avait retrouvé, sans doute dans un élan d'instinct paternel et qui l'avait couché sur le canapé avant de repartir chez sa meuf (fallait pas déconner, il n'allait pas non plus le veiller). Nikos s'était réveillé en plein milieu de la nuit, la bouche pâteuse et une envie de mourir lancinante avant de se trainer jusqu'à son lit, habillé, de la neige fondue dans les cheveux achevant de le glacer jusqu'aux os. Dans un élan de lucidité, il s'était enroulé sous deux couettes avant de sombrer à nouveau dans un monde peuplé de cauchemars où le corps nu de Gemma se mêlait au sang, à la neige et à cette ombre malfaisante qui l'enveloppait au moment où il se penchait au dessus d'elle pour l'embrasser, l'enlacer. Tantôt elle riait et jouait avec un chaton dans un parc, l'instant d'après elle le griffait jusqu'au sang à l'arrière de sa Chevrolet au sommet d'une falaise dans une nuit de tempête. A bout de force, Nikos avait interrompu son calvaire par un réveil transpirant qu'il avait tué d'une longue douche froide. Lui qui avait passé sa vie à chercher le sommeil avait maintenant peur de dormir. 18h après les faits, sa gueule de bois jouait encore à Call Of Duty dans son crâne et son seuil de tolérance était aussi bas que sa motivation à bosser ce soir. Il servait les bières et les shots d'un air absent, encaissait le cash sans même avoir l'impression de compter. Il se languissait de la fermeture et en même temps il craignait de se retrouver seul avec ses pensées. Car lorsque toutes les lumières étaient éteintes et que le silence devenait assourdissant, c'était son visage qui s'imprimait sur le revers de ses paupières. Encore et en corps. Vodka, pinte, whisky. Whisky, Tequila, Rhum. Le manège de l'alcool s'arrête brusquement lorsqu'il la voit rentrer. Elle apparait comme un mirage, détonne une fois de plus dans cet environnement miteux. Il se demande même si elle répand pas des épines de rose à chaque pas qu'elle fait sur son sol poisseux. Le plafond du Roaring Lion semble s'abattre sur sa tête. Il l'avait prévenu. Plus une seule mèche de ses cheveux dans son visu sur son territoire. Son coeur bat à cent à l'heure, plus vite qu'Usuain Bolt pendant les JO. Et comme un con il vient de congédier l'autre assface qui était missionné sans le savoir pour la dégager par la peau de son sac haute-couture en cas d'apparition divine slash démoniaque incongrue. Il ouvre la bouche pour lui intimer de dégager et Miss Satan se permet de l'interrompre d'un mouvement de la main. Insupportable. Serre les dents. Respire lentement. Fais taire les voix dans ta tête qui t'ordonnent de faire trembler les mus au son de ta voix.
Je suis pas venue pour te récupérer. Est-ce que cette meuf était payée pour lui pourrir la vie ? Nikos commence à en douter. Elle avait l'audace de revenir pour... Ni pour lui. Encore heureux. Soulagement dissimulé. Mais la suite l'agace. Evidemment qu'elle était venue pour s'assurer encore que son petit cul était au chaud. Ca n'avait rien avoir avec les dégâts qu'elle avait fait. C'était encore à propos d'elle. C'était toujours à propos d'elle. Jenny en a rien à foutre de ta vie complètement fucked-up, son job c'est de servir le buffet. Tout le monde n'a pas Edna comme tortionnaire attitrée. Et si t'as peur qu'elle te balance à ton mec, franchement je vais pas l'en empêcher. Il donnerait n'importe quoi pour que son chihuahua soit mis au courant de ses écarts de conduite. C'était tout ce qu'elle méritait à jouer avec les gens comme elle l'a fait. Nikos remplit un verre de Jack, heureuse coïncidence et le fait glisser sur le comptoir. Tu pouvais pas envoyer un message ? Ou passer par Cece maintenant qu'elle sait tout, ça facilite la communication, non ? Même un post-it sur ma caisse aurait fait l'affaire, tout sauf te voir ici. Il devrait être froid, pas sarcastique. Il devrait lui offrir son indifférence plutôt que de dégouliner d'attention, aussi cynique soit-elle. Certains clients au regard lubrique la regarde, raison numéro 2 de sa réticence à la voir ici. Mais comme Gemma n'a ni Dieu, ni maitre, elle n'avait qu'à se démmerder avec les démons du Roaring Lion. Et Nikos en était le roi.

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MessageSujet: Re: end of the road (nikos)   Mer 7 Fév - 9:59

Il parle. C'est déjà ça. Il aligne des mots, fait des phrases, ne s'est pas contenté de l'ignorer, impérial. N'a pas ordonné à quiconque de la mettre à la rue, ne s'y colle pas lui-même. Il est bon de savoir qu'il lui reste, sous des sédimentations kilométriques d'amertume et de dégoût, un peu de sens commun. C'est plus que ce qu'elle n'espérait. Sage décision. Parce qu'elle a le bras long, Gemma, elle a les canines affûtées. Elle ne laisse pas les affronts rester impunis. Elle a le courroux facile, la vengeance innée, et ce n'est en aucun cas parce qu'elle est apparemment occupée à tomber amoureuse de lui qu'elle lui épargnerait sa revanche. La réponse de Nikos est une porte fermée : prévisible. Le regard aristocratique de Gemma rencontre son propre reflet dans le miroir derrière le bar. Contrairement à ce qu'il a l'air de penser, elle ne s'attendait pas à ce qu'il hoche la tête, docile. A ce qu'il se plie au creux de son poing et récite les promesses qu'elle veut lui soutirer. Elle est venue préparée. Les mots sont différents de ceux qu'elle lui a fait dire dans sa propre cavité cérébrale lorsqu'elle répétait machinalement l'échange en traversant Night Falls mais la substance en est approximativement identique. Il joue la carte de la petite princesse égocentrique, prévisible. Le rien-à-foutre, prévisible. Elle a deux foutus coups d'avance jusqu'à ce qu'une combinaison inattendue de syllabes percutent ses oreilles. Ton mec. Elle fronce les sourcils instinctivement, alors que sa règle première en franchissant l'embrasure de la port d'un quart d'orteil c'était de, quoi qu'il arrive, rester absolument impassible. Ambition de gamine qui joue à Dieu, être la seule glace qui ne fonde pas. La seconde règle, c'était d'éviter autant que possible de croiser le regard de Nikos. En ayant brisé une, elle s'accroche à l'autre. Elle observe l'arrière de sa nuque à travers le miroir, et c'est là toute l'étendue du contact visuel qu'elle s'autorise. Machinalement, elle pense qu'il parle d'Adam. Y a que deux personnes dont ils réfèrent via pronoms, deux prénoms qu'ils sont précautionneux d'éviter de peur de matérialiser les maux qu'ils symbolisent, y a que deux personnes dont ils ont jamais parlé de façon récurrente, basta. Adam au masculin, Cece au féminin. Elle percute avec une seconde de retard. Oh. Ses yeux se baissent, dégringolent du miroir aux phalanges de Nikos autour du goulot de la bouteille de Jack, putain de déjà vu, à sa propre main, posée à plat sur le bar poisseux. La lumière jaunasse des suspensions se reflète dans son vernis noir. Un type grogne dans le fond, lâche un juron. Deux boules de billards se rencontrent dans un fracas cliquetant. Ce pub où elle n'aurait jamais dû mettre les pieds, ou la foutue agression de tous les sens. Trop de tapage, tant de fureur, une créature qui se fait les griffes sur sa patience, qui l'empêche de se concentrer. Qui feule à sa place. "T'es vraiment si con ou tu le fais exprès ? C'est mon alibi, pas mon mec." Coup de fouet entre les lippes rouges, sa main s'est faite poing. Son script a officiellement valsé aux ordures. De toutes les versions de cette conversation qu'elle a déroulé sous ses cuissardes sur le trajet, elle n'a pas songé une seule seconde qu'il pourrait invoquer Billy. C'est pas ça l'important, ça ne change rien, elle se le répète, mais l'incrimination n'en est pas moins cinglante. Comme si elle, capable de tout, serait capable de ça. Une double vie alors qu'elle s'est toujours targuée d'être entière. Un mec alors qu'elle se veut affranchie. Ce n'est pas l'insinuation qu'elle lui ait menti qui la gifle, mais l'accusation qu'elle lui ait servi ce mensonge là. Que leurs ruines clandestines aient été bâties dans le dos d'un autre. Elle n'a aucune intention de lui expliquer ses raisons, de lui faire comprendre que ce n'est pas contre les oreilles de Billy qu'elle veut plaquer ses paumes, mais sur celles d'Edna. Que son job - et avec lui son confort, son domicile, sa fichue identité, jusqu'à sa place à Crescent Heights plutôt qu'à Washington - est potentiellement en jeu. C'est lui qui mentionne Cece en premier, et ça ôte un poids des clavicules de Gemma. Comme un jeu puéril de 'c'est lui qui a commencé', elle a moins de scrupules à abattre son joker. "Jenny s'en fout. Tant mieux. Tu serais gentil de t'en assurer si tu tiens à avoir Cece dans ta vie." La menace lui roule facilement sur la langue. Tellement facilement qu'elle se fait peur. Son pouvoir est grisant, aussi artificiel soit-il. La certitude que, confrontée au choix, Cece préférera le pluriel, le pérenne, les barricades de leur couvent cloutés à son alliance houleuse avec Nikos. La certitude que, peu importe ce que Gemma lui murmurera au creux de l'oreille au sujet de son précieux frère de coeur, elle la croira, elle. Peu importe que cette souveraineté soit totalement hypothétique car jamais elle ne pourrait faire une chose pareille à Cece, car jamais elle ne l'a fait, agir dans son propre intérêt au dessus de celui de ses soeurs. Plutôt mourir que de revoir ses priorités; ça a toujours été les filles, ce sera toujours les filles, mais il l'ignore. T'es un monstre, les derniers mots que Nikos lui a soufflé. Il la croit capable du pire. Elle veut lui donner raison.

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MessageSujet: Re: end of the road (nikos)   Mer 7 Fév - 14:46

Elle était parfaite, ce soir. Ses ongles noirs, ses cheveux, ses cuissardes, sa tenue. Tout chez elle était parfait. Comme une odieuse invitation à se rapprocher pour mieux la regarder. Le bar fait office de seule séparation et Nikos s'y cramponne de sa main libre sans le vouloir comme si il était aimanté par son corps et qu'il avait besoin d'un appui au sol pour éviter qu'ils se télescopent. Il a besoin qu'elle parte immédiatement sauf qu'au lieu de ça elle se tient droite comme un i devant lui, ses mains sur le comptoir, flashback immédiat de toutes les fois où elle avait fait ce geste anodin, dans d'autres circonstances. Il sait pas quoi penser du fait qu'elle lui fasse l'affront de revenir sur les lieux du crime aussi vite. Est-ce que ce sont des excuses à demi-mots ou une ultime provocation, une genre d'expérience sociale sur comment pousser un type solitaire et asocial au meurtre après avoir distillé du sexe incroyable et des amorces de sentiments ? La théorie est insupportable, la pratique pas plus agréable et sa voix lui fait l'effet d'ongles en train de crisser sur un tableau. Et pourtant, alors qu'il s'attendait à devoir vivre sa vie dans un nuage noir charbon, Gemma remplace la source de ses insomnies par le mot "alibi". Il aurait presque pu faire tomber la bouteille si il ne la tenait pas fermement. Il a du mal à masquer ce qu'il se passe derrière ses iris mais putain, ça carbure là-dedans. Un alibi ? Ce mec n'était qu'un alibi ? L'évidence le frappe comme une chute de neige parisienne. Comment avait-il pu être assez con pour croire que Gemma aurait pu entretenir une relation avec un mec alors qu'elle était incapable d'entretenir une relation saine avec elle-même ? Il est désarçonné, il tressaillit un instant. Tangue entre soulagement et hébétement. Tout ce qu'il avait ruminé ces derniers jours, ces dernières nuits. Le pétage de câble dans le garde à manger, tout ça n'avait plus aucun sens si c'était qu'un alibi. Il ose même pas répondre, il a presque envie de rire. Un son peu commun chez lui, sourire oui, éclater de rire... C'est nerveux, c'est chiant, ça le prend à la gorge et Dieu merci Mademoiselle De Salm lui passe toute envie de solliciter ses zygomatiques lorsqu'elle lui balance sa menace aussi bancale que le coeur de Nikos. Ta menace aurait pu valoir quelque chose si t'avais pas déjà tout foutu en l'air en lui parlant de toi et moi. Il fait exprès de pas dire nous deux, il veut marquer la séparation, puisqu'ils étaient visiblement pas capable de rester loin de l'autre. La défaite. Il saisit un verre qu'il commence à essuyer avant de reprendre. Tout ça parce que t'as pété un câble la seule fois où je suis allée chez toi. Un soupir, le regard perdu dans le fond du verre qu'il essuie. Après tout, tout partait de là non ? Elle l'avait aidé à s'enfuir du Roaring Lion après un échange verbal désagréable avec son père, ils s'étaient unis et désunis dans ses draps et elle l'avait jeté comme s'il l'avait frappé en plein visage, alors elle l'avait frappé en plein coeur. Aucune suite logique. Gemma connaissait-elle seulement la signification de ce mot, elle qui misait tous sur l'alignement des planètes ?  Au moment où il s'apprête à lui dire de partir, des éclats de voix fusent près du billard. Nikos lève la tête, deux mecs en affrontent trois autres. Eh les gars calmez vous, ou vous sortez. C'est peine perdue, les mecs le regardent même pas. Il va devoir se déplacer. Il jette un regard à la caisse, bien planquée sous le comptoir. Les bagarres générales sont sa hantise, difficile à désamorcer, souvent dévastatrice pour le mobilier du bar. Tire toi d'ici. Un conseil plutôt qu'un ordre cette fois, il traverse le bar au moment même où les coups commencent à pleuvoir. Eh stop pas ici, pas chez moi, oh ! Il s'intercale, lève les bras, agrippe des cols de veste en vain, tente d'amortir les chocs, ça hurle, ça se ramène et tout devient un gigantesque bordel. Nikos au milieu, qui hurle lui aussi. Il a pas le temps de regretter d'avoir renvoyé Adam chez lui, il menace, il éructe, il tente de séparer les bras et les jambes. Il n'entend pas un mec hurler qu'un enculé a sorti un couteau. Il n'entend pas le dit couteau gifler l'air une première fois à quelques centimètres de sonvisage, il est trop occupé à tirer un mec d'un tas d'autres quand le couteau se plante dans son ventre en diagonale. Arrêt sur image. Wow. Sensation étrange sous son pull noir en grosses mailles, poisseuse. Goût métallique dans la bouche et soudainement le bar qui se vide, il titube, porte sa main à son ventre, près de l'aine. Quelques hurlements féminins raisonnent, sûrement la bande de nanas de 21 ans tout juste venue chercher un peu de sensations au Roaring Lion. Elles sont servies. Elles reviendront. 5 étoiles sur Trip Advisor. Wow, fuck... Dans un souffle. Un souffle court. Il entend des bruits de pas précipités, lointain, très loins. Il sait qu'ils sont tous en train de déserter. Il sait qu'il va se retrouver seul comme un con à devoir se suturer. Mais non putain Nikos, c'est plus qu'une simple plaie. C'est de celles qui vont avoir du mal à se refermer.

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MessageSujet: Re: end of the road (nikos)   Ven 9 Fév - 3:19

Pour tout sauf la première fois, Gemma se demande si elle ne devrait pas mener sa menace à exécution. Rompre tout lien entre Nikos et Cece. Du haut d'une arrogance qui a le mérite d'être lucide, qui a la valeur d'être fondée, elle pense en avoir le pouvoir. Quand elle veut, elle peut. Elle ne s'est jamais fait chier avec la moindre prétendue modestie, et toutes ses campagnes militaires les plus largement victorieuses ont été menées au nom des filles. Sous l'étendard de leur petite armée des cheveux longs. Elle ne le ferait pas pour elle-même, jamais pour elle-même lorsque Cece est concernée. Elle le ferait pour sa belle louve, sa protectrice et sa protégée, farouche reine de leur tribu d'amazones. La dette que Gemma lui doit est trop grande, jamais amenée à être épongée, et elle est prise de l'impression nette qu'effacer Nikos de force de la vie de Cece serait la plus belle mission qu'elle pourrait entreprendre pour ses beaux yeux. Car quelqu'un qui n'est pas prêt à se battre pour la garder dans sa vie, qui baisse les bras si vite ne la mérite pas. Ne vaut pas mieux qu'un Sony. Ne devrait avoir droit qu'à être un souvenir nettoyé par les flammes. Si leur amitié a été ruinée par rien d'autre que ça, la confession de quelques nuits, rien de plus qu'une poignée de mots prononcés entre les deux filles dans une pièce froide, peut-être qu'elle ne valait rien dès le départ. Elle ne comprend pas cette corde qui lie Cece à Nikos, elle n'a jamais prétendu le faire. Gemma, elle ne parle que le langage de l'inflammable et l'indestructible. Un pied dans chaque extrême. Leur truc à eux deux, mou et résistant, cet infâme caoutchouc qui paraît résister à la distance et encaisse la tension, ça lui échappe. Elle n'est pas sûre que ça fasse du bien à Cece. Elle ferait sans doute mieux d'y mettre un terme. Il la tire de sa spéculation en la renvoyant à cette foutue nuit, le début de leur délitement trop rapide. Elle secoue la tête. Non, putain, il se trompe, encore, il fait que ça. Des types trop saouls ou pas assez, pures raclures humaines, beuglent dans le fond et elle combat le besoin impérial de leur enfoncer ses ongles dans les globes oculaires. Vos gueules, les abrutis. C'était pas supposé se passer comme ça, elle était censée rester maîtresse de la situation, le détachement aristocratique suintant de chaque geste. Froide et sous contrôle, un éclat dangereux au coin des paupières. Pas serrer la mâchoire, rassemblant toute sa concentration pour assourdir les brutes d'habitués du pub. Elle voudrait lui dire qu'il se plante sur toute la ligne, qu'il a jamais su faire que ça, que non, tout n'était pas facile avant qu'il vienne chez elle, tout n'était pas merveilleux avant qu'elle lâche le morceau à Cece. Que pour elle, c'était une divine torture depuis le premier soir. Qu'il n'a jamais été question de le cacher indéfiniment, que c'était simplement une affaire de temps. Un quand plutôt qu'un si. C'est sa dernière occasion pour le lui faire comprendre, ce soir est son grand adieu formel, glacial et suffisant, sauf qu'en point final à leur dialogue de sourd, il se barre. Y a un truc qui se déchire en elle. Conclusion parfaite à leur aventure discordante, ou le contre-temps cacophonique de ceux qui n'ont jamais été foutus d'être l'unisson, à l'exception de quand leurs fringues sont au sol. Nikos traverse le bar, s'en va accomplir ses super-héroïques missions de tenancier, et le message est clair : c'est le moment où elle se barre. Sauf qu'elle ne bouge pas d'un pouce. Elle feint la nonchalance, observe la scène à la dérobée, tandis que ses doigts s'enfoncent dans son sac à main, jusqu'à se courber le long d'une crosse métallique, entre un tube de rouge à lèvres et son trousseau de clé. Le contact l'apaise. Elle ne va plus nulle part sans. Et elle sait que sortir une arme échauffe les esprits, elle a lu les statistiques, la vue d'un 9mm fait plus de mal que de bien, elle sait. Il n'empêche qu'à la seconde où la situation commence à empester, elle le sortira. La putain d'ironie, c'est qu'elle n'en aura pas le temps. C'est qu'elle sera en sécurité, avec son colt dans la main, et que les abrutis réussiront quand même à l'atteindre en pleine poitrine. La mêlée est inscrutable, dense, tandis qu'elle pondère les conséquences potentielles de brandir un gun. Puis ça arrive trop vite. Une fille hurle et le sol s'ouvre. Gemma a l'impression nette de rester immobile sauf qu'elle est mystérieusement près du billard. Elle entre en collision directe avec un molosse qui détale en sens inverse et elle a beau être consciente que bousculer le type avec un couteau papillon dans le poing est de loin le truc le plus con qu'elle fera ce soir, faut croire que son instinct de survie est exsangue à ses pieds. Elle atteint Nikos alors qu'il se laisse tomber le long du mur. Gem cligne des yeux et elle est à genoux, ses doigts tremblant violemment tandis qu'ils soulèvent le pan du pull de Nikos. A la lumière des néons, le sang est noir, une bête viciée qui n'attendait que de trouver l'issue. Elle veut pousser un cri mais elle n'a pas le temps, son regard de biche prise dans les phares d'une voiture rencontre celui de Nikos derrière un écran de buée. Putain, elle a pas passé des mois à ravaler tout écho de faiblesse pour la lui montrer maintenant. Elle déglutit. Ses yeux affolés papillonnent autour du bar qui se vide à toute vitesse et y a un truc qui rugit en elle. Pauvres cons. Elle veut les voir crever, tous. Sans avoir consulté son cerveau, les doigts de Gemma agrippent une pile de serviettes en papier vert bouteille qui trône sur la table la plus proche d'eux et les presse minutieusement sur la plaie qui bouillonne. La couleur fonce aussitôt, capillarité sanglante, tâches d'encre sous ses doigts frémissants. Elle lève les yeux et rencontre ceux d'une fille, de l'autre côté de la pièce. Blonde. Une bouche délicate qui paraît faire la moue. Elle lui fait penser à Kitty. Ce n'est pas une de ses filles mais c'est une fille, et ça devra faire l'affaire. Les copines de la blonde la pressent de sortir, mais elle a lancé un regard coupable derrière son épaule et Gem s'y amarre avec tout ce qu'elle a. Y déverse tout, absolument tout. Son coeur erratique qui tente de se frayer un chemin hors de ses lèvres, ses doigts qui sont tellement plus doués pour étrangler que pour soigner, l'angoisse acide, brute, la lame en lui et les larmes en elle. "911. Maintenant." Dans un murmure étranglé, aucun son mais une forme fantomatique contre ses lèvres, une supplication s'échappe : s'il te plait. A la seconde où elle voit avec un soulagement acéré la blonde sortir son portable, Gemma retourne son attention au visage devenant graduellement blafard de Nikos. "Sérieux ? Tu pouvais pas attendre que je m'en aille avant de te faire poignarder ?" C'est facile, les reproches. C'est familier. Nettement plus confortable que la panique qui lui griffe les poumons, un fauve dans sa cage thoracique qui a décidé de ne montrer aucune clémence. Qui s'attaque à tout. Elle ajoute des serviettes contre la plaie, elle écope à mains nues un bateau qui prend l'eau. Y a un fracas près de la porte, elle lève les yeux, et le molosse au couteau papillon rapplique, droit sur eux mais les yeux au sol. Elle veut lui sauter à la gorge mais ses mains sont prises. Son regard suit le sien : un portefeuille noir sur le plancher. Il a dû tomber lors de l'altercation, et elle n'a pas le temps de réfléchir. Avant qu'il ait le temps de se pencher pour le ramasser, sa main droite est déjà serrée autour du flingue, brandi droit vers lui, tandis que l'autre tente tant bien que mal de faire taire la plaie béante sur le ventre de Nikos. Dents serrées, la voix grondante. Un félin qui menace. "Même pas en rêve." Elle devrait se concentrer sur Nikos, laisser ce type disparaître; qu'elle ait son porte-feuille ou non, qu'est-ce que ça change putain, y a toujours le sang de Nikos sur le plancher, mais c'est la bête dans ses tripes qui parle pour elle. D'abord, les secours. Dans un second temps, elle s'inquiétera de l'identité de ce type, de remettre ses papiers à la police ou d'aller le saluer elle-même, en fonction de son état d'esprit du moment, de l'ampleur de ses fantasmes vengeurs. Le fait que la blonde soit toujours dans l'embrasure, donnant l'adresse du pub aux urgences entre deux hoquètements inquiets est la seule raison pour laquelle Gemma n'appuie pas sur la détente. Le type doit voir dans ses yeux qu'elle en meurt d'envie; il détale. Elle lâche le flingue, il s'écrase au sol en même temps que sa façade de contrôle. Ses yeux s'embuent, sa respiration se fait douloureuse. Ses épaules tremblent et elle se fait violence pour tenir bon. L'odeur métallique du sang imprègne tout, jusqu'à ce que ça devienne la seule chose qu'elle connaisse, jusqu'à ce qu'elle s'y noie et voie rouge. "Les secours arrivent. T'as intérêt à tenir bon, tu m'entends. Sinon j'te tue."

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MessageSujet: Re: end of the road (nikos)   Ven 9 Fév - 6:09

Première fois. L'origine. Le halo de lumière qui les entoure est quasi-surnaturel. Il l'avait voulu de toutes ses forces au moment où elle avait prétexté ne pas avoir envie de rentrer tout de suite. En un regard, ils s'étaient compris. Et les voilà contre le mur de la réserve, il la soutient d'un bras, ses jambes autour de sa taille. Il veut tout ce qu'elle pourra jamais lui donner. Elle est venue seule, repartira avec leur problème. Ils font trembler le monde, parce qu'ils étaient pas censés se trouver. Perturbation dans le cosmos mais ils sont trop happés l'un par l'autre pour y prêter attention. L'univers peut bien trembler, exactement comme l'étagère en acier. Quelques bouteilles se fracassent au sol, déversent leur poison, insidieux. Visqueux. Au lieu de venir caresser sa gorge comme habituellement, l'alcool en fuite vient caresser les semelles de ses chaussures. Peau d'ivoire, souffles entremêlés. Ses cheveux sentent la nuit et le compte en banque bien rempli. Lui empeste les solitudes et le whisky-miel. C'est ce qu'elle était. Du whisky dans une tasse de thé. Ils sont fait pour s'entendre. Elle est le risque qu'il a envie de prendre. Boum boum boum. Les coeurs qui battent à l'unisson. Les supplications de The Weeknd en bruit de fond..  Listen ma I'll give you all of me, give me all of it, I need all of it to myself... 

Retour à la réalité, le halo est toujours là. Elle aussi. Lui aussi. A l'horizontale. Le sol poisseux du bar a remplacé le mur salle de la réserve. Il a du mal à respirer, il cherche son souffle entre les boules de billards et les débris de verre, le trouve quand il la voit s'agenouiller auprès de lui. Complètement sonné, des images de sa mère en flash, puis le rire de Gemma qui teinte à ses oreilles, les deux yeux bleus de Cece, la voix rauque de son père. Night Falls enneigé. La banquette arrière de sa Chevrolet. Tout d'un coup. Tout trop. La vie et la mort qui se côtoient, toujours bons potes ces deux-là. Le flingue. La main de Gemma recouverte de son sang. Sa peau blanche qui contraste avec le rouge. Si il s'en sort, y'avait fort à parier que cette image revienne le hanter. Le bruit mat du gun en tombant le ramène à la réalité. Gemma et ses reproches. Rassurants. Familiers. Et ses fossettes qui se creusent malgré lui alors que l'envie de dormir commence à l'étreindre. Sa bouche pâteuse l'empêchera pas de tenter de lui arracher un sourire. Je pensais... que c'était toi qui l'avait missionné. Il a du mal à articuler ses mots mais il les entend quand même clairement sortir de sa bouche. Trait d'humour, parce que coup de couteau. Elle est à l'aise dans les reproches, il aime la paix. Morphée n'a jamais été aussi sexy que ce soir. Mais c'est Gemma qui retient son attention. Sa peau couleur perle et ses longs cheveux qui caressent son abdomen nu. Maintenant qu'elle est là, il se tape bien de ce qu'il va se passer. Sensation de presque bien-être inattendue malgré cette envie irrémédiable de laisser s'abaisser ses paupières. Les yeux mis-clos, il la regarde, de son autre main tâchée de sang il lui caresse le visage brièvement. Tu sais ce qu'ils disent, si ça se consomme, c'est du sexe. Si ça se consume, c'est de l'amour. Un effleurement. Truc qu'il aurait évidemment jamais fait s'il était pas en train de se vider de son essence sur le sol miteux de son bar de merde. Pas de ça entre eux, hein ? Il avait une bonne excuse ce soir. Tu ressembles à un ange. Peut-être qu'il délire, peut-être que l’hémorragie externe en provoque une autre interne, de sentiments cette fois-ci. De pensées folles qui se déversent par sa bouche. Il a l'impression de la voir pour la première fois. Pas de rictus enragé sur ses traits, pas de volonté de nuire. Il saigne déjà alors qu'est-ce qu'elle peut faire de plus ? Mais ce soir, c'est ce qu'elle ne fait pas qui compte. Elle n'appuie pas rageusement sur la plaie, elle ne tente pas de l'achever. Elle n'hurle pas de rire en le voyant souffrir. Somme toute... Elle tente de le sauver. Celle qu'il y a encore quelques semaines menaçait de le supprimer. D'ailleurs, c'est ce qu'elle fait. Elle le menace, ses fossettes persistent même quand il sent le sang affluer dans sa bouche. Pas bon. Pas bon du tout. Il ose même plus parler, il veut pas l'effrayer. Il lui avait pourtant dit de se barrer. Comme d'habitude, elle n'avait pas écouté. Elle parle de secours mais Nikos n'est pas de ceux qui se font sauver. C'est là qu'il frappe, l'éclair de lucidité. Annule l'ambulance. Parler lui coûte à présent mais il faut qu'elle sache, c'est urgent. Il faut qu'elle sache. Elle doit comprendre. Elle ne doit pas insister, il aura pas la force d'argumenter. Autant demander à des vagues d'arrêter de s'échouer. D'habitude c'est lui qui recoud les plaies et stoppe les hémorragies. Mais. Il ne peut pas. Il paye encore sa dette à l'hôpital qui a hospitalisé sa mère. Il en a encore pour 84 000 dollars. Annule... l'ambulance...j'ai pas de couverture sociale. Il ne peut pas se le permettre. Elle devrait le savoir car il l'a déjà abordé. Entre son piano-clavier et leurs corps allongés. C'est ce qui expliquait la multitude de médocs et de matos volés dans la réserve. Parer à l'urgence. Faire sans puisque personne ne peut faire avec. C'était tout ce qu'il savait faire. Il se surprend à regretter que son enculé de père ne soit pas là. Lui aurait su quoi faire, le pro des bobos illégaux. L'hôpital n'est pas une option. Ils ne vivent pas dans le même monde. Rien que de faire venir l'ambulance lui coûterait une fortune. Puis il y avait le bar, QUID du bar ? Qui allait le fermer ? Il fallait que quelqu'un appelle son père mais Nikos n'avait plus la force. Même au bord du précipice, il a la force d'y penser, de s'en souvenir. Il regarde à nouveau son torse, son nombril est quelque part sous cette couverture de sang. Il y en a tellement qu'il pourrait se baigner dedans. Le contact poisseux de la maille de son pull sur lui. Ses jambes totalement engourdies. Il a envie de lui demander où est le con qui a fait ça, il a envie de se relever et de lui casser la gueule mais il voit bien qu'il va pas faire grand chose avant un moment. Tributaire de tout ce qui l'entoure, capable de marcher et de penser à sa place. L'instinct de survie qui se met malgré lui en sourrdine. Son cerveau s'emballe et s'embrume à nouveau. Rideaux fermés, vous pouvez disposer. Faut que je dorme... Il commence à fermer les yeux, il avait froid à en crever il y a quelques secondes et maintenant il a chaud, une sensation de chaleur diffuse agréable qui lui fait un instant regretter la fraîcheur de la neige avant de le rassurer, de le bercer. Il aimerait pouvoir la regarder encore mais cette fois-ci Morphée s'impatiente. Morphée l'appelle et Nikos lutte pour mieux flancher. Il aimerait pourvoir expliquer à Morphée, qu'il n'irait nulle part où elle n'était pas. Mais ce connard lui fait clairement savoir qu'il a pas le choix. Il va le rejoindre que ça lui plaise ou pas.

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MessageSujet: Re: end of the road (nikos)   Sam 10 Fév - 9:23

Elle a toujours cru aimer l'odeur du sang. Ce truc féroce auquel elle s'identifie. Le contact chaud qui annonce le pire. La seule entité terrestre aussi rouge qu'elle. Il y avait un plaisir féroce dans l'hémoglobine, la voir perler au bord du sourire d'un amant ou deviner ses pulsations sous ses doigts, valse à deux-temps contre l'aorte. Ce soir elle s'y noie. L'odeur de cuivre a pénétré chaque pore de sa peau jusqu'à en saturer ses sens. Elle voit noir, elle respire noir, ce pétrole visqueux dont le plancher se nourrit, qui a pris possession du pub entier. Chacun de ses gestes infimes, de ses tremblements incontrôlables ne sert qu'à le répandre un peu plus, et si ses mains sont entièrement tachées jusqu'aux coudes, ce n'est que lorsqu'elle sent le fluide poisseux imprégner le cuir de ses bottes jusqu'à toucher ses genoux qu'elle doit lutter contre la nausée. La peur, qui pénètre sa peau d'une façon bien plus permanente que le sang n'en sera jamais capable, remplit les espaces vides entre ses atomes et elle combat un haut-le-coeur acide. Encore dix minutes. Rien que dix minutes. Tout est supportable pendant dix minutes. Sa pile de serviettes en papier est arrivée en fin de vie, la majorité se sont dissoutes et délitées dans sa tentative risible de garder toute cette flotte noire à l'intérieur, de l'empêcher de trouver la sortie. Nikos délire, paraît s'éteindre sous ses doigts affolés, disparaissant petit à petit comme des bribes de rêve au réveil. Qu'il la compare elle, foutue cavalier de l'apocalypse, à un ange, est de loin ce qui l'inquiète le plus. Plus que la sensation tiède et poisseuse contre ses paumes, ses mains pressées avec tant de détermination contre lui qu'elle craint de ne plus jamais pouvoir se détacher. Elle se demande ce qu'il voit, exactement, pour lui dire des mots pareils. Elle se demande qui il voit. Quelle hallucination causée par la perte de sang ont revêtu ses traits à elle. Elle essaie d'invoquer un sourire, même minuscule, même de carton, mais tout ce que l'écartement de ses lèvres parvient à faire est embuer son regard jusqu'à ce que les angles de Nikos disparaissent derrière le filtre humide. Nonononon. Pas ça. Tout sauf ça. Elle qui ne chiale jamais n'a pas l'intention de s'y mettre maintenant, et elle fuit le regard de Nikos, la vue du sang, part chercher de l'air sain au dessus de son épaule mais faut croire qu'il a été entièrement épuisé par ses poumons effrénés car tout ce qu'elle trouve est plus de cuivre. Frénétiquement, ses yeux cherchent la blonde. Deux de ses copines sont toujours dans l'embrasure, détournent le regard lorsque Gemma les aperçoit, gardiennes réfractaires de la porte d'entrée. Qui n'osent pas mettre un pied officiellement à l'intérieur, sans doute par pudeur, par crainte, par dégoût, mais se refusent à partir. Ça lui suffit, à Gemma. Elle est reconnaissante de ne pas être seule. Elle n'a pas besoin de plus. La blonde, elle, est passée derrière le bar, s'agite dans un but indistinct qui devient apparent lorsqu'elle apparaît, quelques instants plus tard, munie de plusieurs torchons propres soigneusement pliés en quatre. Elle met les pieds dans la flaque de sang et s'en rend compte une seconde trop tard. Elle avale une inspiration graveleuse tandis que ses yeux papillonnent désespérément sur le ventre de Nikos. Non non, regarde-moi, pense Gemma. Accroche-toi à moi. L'intensité de sa supplication silencieuse percute l'inconnue qui, confuse, apeurée, regrettant très probablement d'avoir jamais mis les pieds ici, tend son offrande à Gemma, qui murmure un merci silencieux en retour et ne perd pas une seconde à apposer le tissu le long de la plaie pour mieux la faire taire. La blonde reste là un instant, semble hésiter à se mettre à genoux à son tour et offrir son aide avant de se raviser. Elle recule de quelques pas, s'adosse contre le mur et sa respiration hachée ne laisse aucun doute : elle sanglote. Gemma ne peut même pas la blâmer - qu'est-ce qu'elle pourrait faire d'autre de toute façon, à part attendre ? Gemma serait très probablement dans le même état si elle était moins pragmatique, si elle se laissait l'espace d'une seule seconde rattraper par la gravité de la situation, mais c'est là sa pire faute et sa plus précieuse qualité : une capacité absolue à mettre son humanité en sourdine. Enfoncer ses propres sentiments jusqu'à ce qu'ils deviennent fossiles. Elle aura le temps de s'effondrer aux pieds du billard quand il sera en sécurité. Il lui dit d'annuler l'ambulance et rien que ça, ça suffit à la faire vaciller. Même maintenant, c'est ça qui l'inquiète. Des questions de thune, des foutues responsabilités quelconques. Gemma ravale le goût salé des larmes mais pas avant qu'elles ne lui obscurcissent le regard. Fuck. Sa respiration se fait saccadée, muselée, superficielle - une grande inspiration et le barrage s'écroule. "T'es. Tellement. Con." Elle lui en veut d'oser prononcer un tel blasphème dans une situation pareille, et puisque la rage est peut-être bien la seule chose qui va l'aider à tenir bon, mains contre la plaie au lieu de s'écrouler sur lui, elle s'engouffre volontairement dans la brèche. Laisse la colère prendre les rennes. Il n'est pas suffisamment stupide pour penser que, cette fois, quelques compresses et des bandages de contrebande feront l'affaire. Donc quoi, qu'est-ce qu'il attend d'elle ? Qu'elle lui accorde l'extrême-onction sur le plancher près du billard ? Adieu mon amour, je te pardonne d'avoir ruiné mes nouvelles cuissardes ? Pauvre crétin. Elle a du blé, et s'il croit une seconde que sa putain de fierté est plus importante que la santé mentale de Gemma, il se fourre le doigt dans l'oeil jusqu'au genou. Il dit vouloir dormir. Le myocarde de Gemma s'arrête. "Non !" Un non magistral, souverain, qui ne laisse aucune place à la négociation. Qui ne laisse aucune marge de manoeuvre en dehors de l'obéissance. Elle exige et on s'y plie. "Tu te souviens, cette nuit là, à l'entrepôt, t'as dit que tu me croyais capable de tout. Alors crois-moi sur parole, si tu te laisses dormir, je fous le feu à ce bâtiment. De la cave au grenier. J'hésiterai pas une seule seconde." Une de ses mains, devenue carmin jusqu'à ce que la peau disparaisse sous le pigment, se fraie un chemin jusqu'à la nuque de Nikos. Il lui en voudra, sur le moment. Tant pis. Elle a l'habitude. C'est leur foutu réglage par défaut. Il la remerciera un jour. Foutue pour foutue la manucure, Gemma n'hésite pas. Elle enfonce ses ongles pointus dans la peau lisse qui recouvre sa colonne vertébrale. De sa perspective limitée par l'urgence, elle a deux solutions pour le garder éveillé de force. La première, déboutonner son haut en velours, impliquerait l'usage de ses deux mains, luxe qu'elle ne peut pas s'offrir. La seule alternative, c'est la douleur physique. Ça fonctionne - les yeux de Nikos s'ouvrent brusquement et elle relâche la pression, laissant des entailles en demi-lune contre le col de son pull. Il chute. Elle aussi. Elle s'accroche à la première prise qu'elle trouve. "Je t'ai jamais dit comment j'ai rencontré Cece. C'était il y a cinq ans, à deux rues d'ici, sur Ridgewood." Les mots dégringolent hors de sa bouche et elle raconte tout. Pas la version édulcorée qu'elle a servi à Dee, à Kitty, à Riley. Elle raconte la vraie histoire, crue et cruelle. Le récit sans artifice de ce qui fut la pire nuit de sa vie. La pire avant celle-ci. La confession macabre d'une nuit qui l'a, elle, longtemps empêchée de dormir, dans le but qu'elle le maintienne éveillé juste encore un peu. Elle raconte la vodka dans sa gorge toujours adolescente, le club médiocre où l'âge n'entrait jamais en ligne de compte. Elle raconte les stroboscopes qui rendaient tout le monde beau à en crever, mais la laideur perçait la surface dès que l'éclairage changeait, et elle avait perdu ses copines de lycée, disparues dans une masse de corps compact. Il y avait ce type qui chuchotait à son oreille, l'odeur de bière plate et de transpiration froide, la bassesse dans son souffle, la médiocrité dans ses yeux. Des mois plus tard, elle a appris que ses amies de l'époque s'en étaient allées finir la nuit dans la chambre d'ami d'une des leurs, et n'avaient eu aucun scrupule à laisser Gemma seule parce que c'est Gemma de Salm, right ? On n'a rien à craindre quand on est celle qui fait peur, pas vrai ? Agenouillée dans le sang, les ongles à la naissance des cheveux de Nikos, Blondie qui s'est faite silencieuse dans son dos, elle raconte la peur liquide, les souvenirs de rien, la crainte palpable qu'on ait glissé un truc dans son verre s'entrechoquant au refus cynique de céder à la paranoïa. Elle raconte la difficulté à trouver la sortie dans ses sandales en plomb, la brise de fin d'été sur ses jambes nues. Elle raconte la douleur soudaine, lancinante, qui prit contrôle de son crâne, souffrance rouge et violette, indicible, qu'elle ne comprit que lorsqu'elle vit une mèche de cheveux roux enroulée comme une putain d'alliance autour des doigts sales et salés qui s'abattirent sur sa bouche. Elle raconte le vent frais devenu lave, sa cage thoracique broyée entre deux murs, un de brique et un de brutalité, sa culotte fuchsia déchirée par des doigts épais. Elle raconte la seule et unique prière qu'elle a jamais formulée, l'interminable minute de lutte avant que sa supplication divine soit exaucée sous la forme d'une gamine aux grands yeux bleus, brandissant un bout de ferraille comme si c'était Excalibur. Elle raconte la seule et unique larme à l'arrière d'un taxi. Le silence contenu, la rage acérée. Elle raconte la naissance d'une nouvelle religion. Ses genoux devant l'autel d'une Lilith aux yeux bleus. Une culotte à pois rose dans une sombre ruelle moite. Elle raconte et elle raconte, une corde longue de cinq ans d'oubli que quelqu'un lui arrache de la gorge. Elle oblige Nikos à lui répondre, ongles contre chair, elle lui fait dire qu'il connait le croisement des rues, lui arrache les preuves verbale de son attention, jusqu'à entendre les exclamations de voix dans son dos et tout à coup il y a deux gilets réfléchissants agenouillés à côté d'elle, ils posent des questions à Nikos dans une langue que Gemma ne connait pas ou a oubliée, tandis qu'un autre interroge Blondie et elle est de trop, elle veut se lever mais doit s'y prendre à trois reprises pour forcer ses jambes à lui obéir et une fois debout, elle cherche à s'appuyer contre le mur mais se ravise une seconde avant de le toucher, car l'épouvante vermillon lui coule entre les doigts et elle ne veut pas risquer de salir la peinture. Echo d'un réflexe d'avant, d'avant ce soir, d'avant que Nikos ne se soit transformé en homme à l'envers, portant à l'extérieur ce qui est supposé rester sous clé dedans. On lui pose des questions et elle s'entend répondre, sa voix assourdie comme si elle venait de loin, elle est enfermée à l'extérieur d'une pièce dans laquelle sa propre réalité se déroule. Non, elle ne fait pas partie de la famille. Non, elle n'est personne, elle a pas de foutu statut, d'étiquette pratique à leur donner. Non, elle n'est rien rien rien rien du tout pour lui. Ils distillent des informations médicales auxquelles elle ne veut rien comprendre. Lui proposent de l'accompagner dans l'ambulance mais elle peut pas, pas maintenant, elle a pas le luxe de redevenir humaine, pas tout de suite, pas alors qu'il y a un lagon noir, une foutue rivière de cuivre liquide à éponger, le pub à fermer, Cece et le père de Nikos à appeler. Elle ne s'en ira nulle part tant qu'elle ne s'est pas assurée que, sous le sang de Nikos, sa peau à elle existe toujours. Qu'elle n'est pas devenue lui. La civière disparaît derrière le seuil et elle est seule. Gemma, elle n'a jamais voulu que quiconque la voie pleurer. Elle s'y refuse. Le geste est plébéien, inutile, faible, il est rare et elle le garde pour elle. Pourtant, alors que ses sanglots résonnent contre le carrelage des toilettes, elle serait prête à tout échanger contre la présence de ses mamans. Celle des filles. Billy. Hyacinthe. Quelqu'un. Parce que lorsqu'elle se plie en deux au dessus de la cuvette et vomit des mois de supplice dans la porcelaine fissurée, y a personne pour lui lisser les cheveux et lui murmurer que tout ira bien.

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MessageSujet: Re: end of the road (nikos)   Sam 10 Fév - 15:30

Dans les films, lorsque l'acteur principal se réveille, en général, son héroïne est à ses côtés. Les yeux mouillés, ses mains prenant la sienne. On sait qu'elle a passé des heures à son chevet, dans l'attente qu'il ouvre enfin les yeux et lui dise tout ce qu'il a toujours rêvé d'entendre. Parfois trois petits mots, parfois une inside joke qui sublime ce moment de pure émotion. On retient tous notre souffle. Puis vient le bouquet final. Elle se relève, haletante, pousse des cris de joie, rameute les infirmières. Tout le monde crie au miracle, c'est l'effervescence. Avec un peu de chance le type ne se souvient même pas de son accident, au pire il est amnésique, se souvient plus de sa femme et se transforme en adaptation cinématographique d'un roman de Nicholas Sparks. La seule chose qu'on retient, en tant que spectateur, c'est le soulagement, par pure empathie pour ce qu'il se passe sur notre écran. On regarde tout ce beau monde s'agiter dans un élan d'amour et de mélo dégoulinant et on peut pas s'empêcher de saluer le destin factice pour la vie qu'il n'a pas fauché. Dans les films, l'acteur principal ne se réveille jamais seul. Dans les films. Sauf que là c'est la réalité brute. La vraie vie c'est les yeux couleur miel de Nikos qui s'ouvrent doucement, sa bouche pâteuse, son envie quasi-instantanée de boire de l'eau. Son mâle de crâne. Et puis le silence assourdissant qui s'abat sur lui lorsqu'il réalise qu'il est seul dans cette chambre aux murs défraichi. Pas de tournesols chatoyants sur la console à côté de son lit, pas de jolie nana en train de tremper ses draps de ses larmes, en train de prier tous les saints qu'il se réveille. Pas de cartes colorées de ses collègues lui souhaitant un prompt rétablissement. Pas de Maman paniquée pour la vie de son fils, ni de Papa en train d'harceler le médecin depuis la salle d'attente. Seulement la lumière des néons qui lui donne l'air d'avoir ressusciter pour re-mourir quatre fois et un monde de solitude matérialisée par le fauteuil vide qui trône comme une provocation en face de son lit. Seulement les stores à moitié ouverts qui filtrent la lumière de la Lune et des lampadaires. Tout indique que la vie a continué et que les heures ont défilé. Dans la vraie vie, le médecin n'accourt pas comme un taré pour vous faciliter d'avoir survécu à un accident atroce, personne pour vous dire d'une voix tonitruante "wouhou vous avez eu de la chance d'autres n'y auraient pas coupé". Personne pour le féliciter d'être en vie si ce n'est ses constantes vitales raisonnables et la perfusion qui danse lentement dans le vide, attestant qu'on peut contrarier la chauffeuse grâce aux progrès de la science. Le brouillard dans lequel il est plongé commence à se dissiper alors qu'il donnerait n'importe quoi pour qu'il persiste. L'ironie. Parce qu'il a pas envie, il n'a pas du tout envie de voir clairement que cette pièce est vide. Parce que lui se souvient, de la lame dans son ventre, des boules de billards, des mains de Gemma pleine de sang, du plafond tâché du Roaring Lion et de l'agitation autour de lui des uniformes. Il a pas le droit à la douceur de l'amnésie mais à la réalité brute qui lui promet nombre de nuits blanches et de chocs psycho-traumatiques. Son père allait le tuer. La vue de la perfusion qui donne le rythme au son de son goutte à goutte lui retourne l'estomac et il songe un instant qu'il va vomir avant de parvenir à se calmer à nouveau. Il veut se tirer, il a besoin de se tirer sauf que quand il se relève il sent une gêne à l'endroit où on a essayé de le finir et il se laisse tomber doucement. Il se rend compte qu'il ira nulle part avant de se dire, que de toute manière, c'est pas comme si on l'attendait quelque part. Il soulève le drap, le bandage est énorme mais propre. Il pense à la cicatrice que ça va lui laisser et toute la force qu'il va devoir puiser au fond de lui pour réussir à se sortir d'ici sans se faire remarquer. Il se relève à nouveau, plus doucement cette fois-ci, assez pour se rendre compte qu'aucun nom n'est spécifié sur la feuille aux pieds de son lit. Ils ne savent pas qui il est, si ça se trouve il était sauvé. Il lui avait pourtant dit de tout annuler, de ne pas les laisser l'emporter... Et où est-elle ? Il entend le bip de son rythme cardiaque s'accélérer et ça le coupe dans son élan, c'était donc ça l'effet qu'elle lui faisait ? Cet effet là. Quelque part ça le rassurait, de voir que tout n'était pas dans sa tête et qu'elle avait un vrai effet sur son coeur, son corps. Ça voulait dire que c'était réel. Ça y est, à peine réveillée, ses pensées l'avaient déjà trouvé. Elle était restée, elle n'était pas partie, elle avait compressé la plaie, avait fait preuve d'un sang-froid remarquable. C'est là qu'ils se ressemblaient, aucune once d'humanité même quand le sang se met à couler. Une autre pensée le frappe, si ça se trouve elle l'avait tout simplement fait pour Cece. Jamais pour lui. Non. Elle était restée même quand elle n'avait plus besoin de persister. Il se souvenait de sa voix, de ses gestes, de ses yeux, du cil qui s'était échoué sur sa joue droite et de l'odeur de ses cheveux. Alors pourquoi n'était-elle pas là ? Partir prévenir Cece ? Peut-être qu'elle avait fui. Un coup de fil aux secours et boy, bye, comme elle aimait si bien le dire. Non. Impossible. Elle est pas loin. Il peut le sentir. Tout se brouille de nouveau, et la solitude l'étreint jusqu'à ce que la porte s'ouvre. Son coeur s'accélère à nouveau, hoquet insolent de la vie, et comme si il l'avait senti, comme si l'expérience de mort imminente lui avait offert un sixième sens : elle entre et le monde s'arrête de tourner une deuxième fois ce soir à 4h39 du matin dans cette chambre numéro 23 de l'hôpital de Crescent Heights. Il oublie alors la blouse d'hôpital ridicule qu'il porte sur lui, ses cheveux encore poisseux de sang et son ventre qui le tire parce que tout ne devient qu'à propos d'elle. Elle s'avance et il reconnait un pull à lui sur son dos. Il comprend immédiatement, elle était tâchée de sang au point de devoir se changer. Elle s'était salie en tentant de le sauver, il lui avait infligé la vue de l'enfer de l'humanité. Alors qu'elle venait juste s'assurer que tout était bien achevé. La fascination remplace la culpabilité. Il l'avait vu vêtue des plus belles robes de grands couturiers, il l'avait vu perlé, poudré, maquillée, sapée, magnifiée, sublimée et pourtant il ne l'avait jamais trouvé si belle. Les manches trop longues qui recouvrent ses mains, ses longs cheveux en bataille, une première. Elle ne porte plus de rouge à lèvre et il peut voir toutes ses tâches de rousseurs. Pas un mot. Ses fossettes ne se creusent pas car cette fois-ci il est conscient de tout ce qu'il se passe. Il a l'impression d'être né une deuxième fois. Soudainement tout parait clair. Il entend les pas du personnel infirmier dans le couloir, il entend les brancards qui dévalent les couloirs, il entend les portes qui s'ouvrent, qui se ferment, il entend la télé du patient d'à côté. Il est plus vivant que jamais. Parce que quelque chose vient d'heurter son esprit, parce qu'on était pas dans les films et que Nikos se souvenait de tout. Même, surtout, du récit de sa rencontre avec Cece, la pièce manquante du puzzle, la clé du coffre-fort, la combinaison secrète. La raison du pourquoi, du comment, du quand. Elle lui avait donné comme si elle avait deviné sa dernière volonté de condamné, chaque mot était imprimé. Son cerveau embrumé avait contre toute-attente produit le miracle de traduire chacun de ses mots en grec, dans sa langue maternelle comme pour être sûr qu'il avait bien compris chaque nuance, chaque détail, chaque ton de son passé, que c'était imprimé, qu'il n'allait pas oublier le code secret de celle qui n'appartenait à personne. Dans son cou trace encore les croissants de lune de ses ongles, témoins de la vérité jadis cachée. Il cherche tous les mots du monde, n'importe quoi qui pourrait lui faire comprendre que jamais il lui ferait du mal, qu'il saignerait tous les porcs de cette terre si elle lui demandait, qu'il irait se battre avec le diable lui-même si il le fallait. Mais pour le moment il est là, allongé devant elle et pour une fois c'est elle qui le surplombe. Et il jure que même avec un pull immensément grand pour elle sur le dos elle ferait se prosterner toute une armée. Il n'a jamais été aussi vulnérable que ce soir et pourtant le fait de savoir qu'elle est restée lui donne toute la force dont il a besoin pour articuler ces mots. La seule cicatrice qui ne sera pas de toi. Une de plus où elle laissera courir son ongle dans la pénombre. Toutes les marques qu'il portait n'était le résultat que de leurs passions, de leur déraison. Une dans la nuque, l'autre dans le dos, là où elle-même était tatouée, elle l'avait marqué. Et quelle ironie de voir que la plus profonde, elle avait tenté de la soigner.

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MessageSujet: Re: end of the road (nikos)   Dim 11 Fév - 9:22

Tout ce qu'elle souhaite, c'est que cette nuit prenne fin. Elle compte les secondes avant que le soleil se lève ou qu'il ouvre les yeux. Peu importe ce qui arrive en premier, même si Gemma a très clairement sa préférence. Elle veut une conclusion. Un point final. Déverser un peu d'espoir, astral ou humain, sur cette nuit qui en est dépourvue. Parce qu'elle a les épaules solides, le menton haut, toute cette foutue fierté inscrite dans son ADN. Elle est roseau. Mais elle ignore combien de temps elle va encore pouvoir tenir. Il y a ce poids sur son sternum, enclume qui compresse, qui comprime, qui l'empêche de s'accorder la profonde inspiration dont elle a tant besoin. L'oxygène s'est fait rare, elle suffoque en silence sous les yeux de tous. Elle reste digne. Gemma étouffe dignement dans le hall d'un hôpital, entourée par des dizaines de médecins. Elle a préféré mettre l'affliction toute entière sur le compte de la fatigue. Bien que volontairement naïve, c'est de loin l'option la plus simple. Elle a passé les dernières heures à s'affairer frénétiquement, à téléphoner, donner des ordres, frotter, insister, hurler en silence derrière deux lèvres scellées, pleurer invisiblement derrière deux paupières closes. Elle est à bout. Elle n'a pas de temps à accorder à l'introspection, à déchiffrer le code morse de son pauvre palpitant en lambeau, à comprendre l'acier qui lui enserre les côtes. Elle est fatiguée, c'est tout. Elle se concentre là-dessus. Pour l'instant, elle est juste fatiguée. Si elle n'était pas détentrice d'une seule once de décence et de perspective - question toujours soumise à débat - Gemma envierait le sommeil sépulcral de Nikos. Belle au bois dormant sur un lit d'hôpital, absolument immobile, le coma de celui qui a une décennie d'épuisement à rattraper. Pour ce qui semble être la cent-cinquième fois cette nuit, la sonnerie de son portable retentit en sourdine et elle s'éclipse hors de la chambre. Incroyable qu'au vingt-et-unième siècle, il soit toujours interdit d'utiliser son téléphone dans les couloirs des hôpitaux mais après le troisième regard noir envoyé par l'infirmier de garde, elle est prudente. Elle obtempère. Gemma disparaît dans une cage d'escalier déserte. Décroche. Respire.

Elle a perdu le compte du nombre de batailles qu'elle a disputées cette nuit. Contre le sang qui s'écoulait de la plaie béante, celui incrusté dans le plancher et celui enchâssé dans sa peau. Contre le bureau d'accueil de l'hôpital et contre les tonalités vides à l'autre bout du fil. Contre la porte capricieuse du Lion, contre l'orage dans sa poitrine. Elle les a toutes gagnées à l'exception d'une, et le médecin apathique, dont l'accent traînant et odieusement lent a rempli Gemma de fantasmes meurtriers, lui a assuré que Nikos est hors de danger. Oui, il sait ce qu'il fait, il connait sa discipline mais rien n'y fait. La prophétesse est devenue cartésienne. Elle a besoin de le voir pour le croire. Elle ne remerciera personne avant qu'il ait ouvert les yeux. Depuis qu'il a disparu à l'arrière de l'ambulance, quelques heures devenues siècles auparavant, elle n'a pas pris une seconde pour contempler l'autre possible issue. Elle ne s'en est pas laissé le temps, à préférer se jeter à corps perdu dans sa philosophie utilitaire. Elle a dressé une liste mentale de tout ce qu'il y avait à faire et a laissé les tâches maintenir le bouleversement à distance, là où il ne pouvait pas l'atteindre. Là où il ne risquait pas d'interférer avec ses missions auto-assignées. En premier lieu, répondre, après Blondie et ses deux amies, aux questions de la police qui, par miracle, avait déjà été alertée par la commotion créée dans la rue. Lorsqu'elle a vu le gyrophare à travers la vitrine, Gemma n'a pas hésité. Elle a attrapé le portefeuille noir gisant au sol comme une foutue pièce à conviction, l'a parcouru jusqu'à trouver le permis de conduire, l'a pris en photo avec son portable avant de le replacer à son emplacement originel. Une poignée de secondes plus tard, elle le confiait au binôme en uniforme. Elle est bonne citoyenne, Gemma. Elle veut faire confiance au pouvoir exécutif. Elle a juste appris, seule et auprès des filles, qu'il faut savoir contourner les badges de temps en temps. Ce n'est qu'une question de méticulosité, de minutie. Elle veut simplement s'assurer que, si d'aventure la police devait échouer à son job, elle serait en mesure de se faire justice elle-même. Après quoi il y eut le bar à fermer, le sol à nettoyer, un rétablissement matériel, tangible, une activité manuelle cathartique, remplacer l'odeur du cuivre par celle de l'eau de Javel. Et même si elle n'a aucune intention de l'annoncer spontanément à Nikos, elle est certaine que même lui, borné au possible, ne lui en tiendrait pas rigueur d'avoir appelé Adam au secours, seul employé du bar dont elle a le numéro dans ses contacts. A genoux, rendue humble par l'angoisse, Gemma a frotté. Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de trace sanglante nulle part à part sous ses paupières. Un souvenir carmin lové à la base de sa gorge. Jusqu'à ce que ce soit le sien qui coule, fil rouge autour de ses ongles, d'avoir trop insisté contre le parquet. Elle est restée machinale, automate, délicat ensemble d'engrenages et d'impulsions, jusqu'à ce que le mécanisme s'arrête. Jusqu'à ce que le ressort se détende, quelque part dans la cage d'escalier menant vers l'appartement de Nikos. Jusqu'à ce que ses poumons lâchent, jusqu'à ce que le séisme la rattrape sur la treizième marche. Elle a sorti son portable et a prononcé une poignée de mots qui n'avaient plus franchi ses lèvres depuis tellement longtemps qu'ils eurent un goût doux-amer. Mommy ? ... J'ai besoin d'aide.

Il est réveillé et elle le sait avant d'avoir poussé la porte. Ça la ferait presque hésiter à  franchir le seuil car elle n'a aucune idée de ce qu'elle est censée lui dire. Ce qu'une situation pareille implique. Il parle en premier. L'étau qui enserrait sa cage thoracique se desserre. Gemma réapprend à respirer entre le lit et la porte. "Ils m'ont promis qu'elle serait discrète." Elle n'est pas dupe, elle sait que peu importe les progrès de la médecine, il n'y avait aucun foutu moyen de faire disparaître cette nuit de l'épiderme de Nikos mais, bordel, ça ne l'a pas empêché d'insister. D'arracher des serments solennels aux blouses blanches. Elle s'approche doucement du lit, plus du tout certaine que sa place est ici maintenant qu'il est conscient. Elle se force à retrousser les lèvres en un bref sourire encourageant. Toute la jovialité qu'elle est foutue d'invoquer à ce stade. "Si le personnel demande, on est fiancés." Elle lève sa main gauche, perdue quelque part à l'intérieur du pull soutiré à l'étage du Lion, à hauteur des yeux de Nikos. Ornée d'un anneau qu'elle porte depuis des années, passé de son index à son annulaire dans le dos de l'agent d'accueil. "C'était le seul moyen pour qu'ils me laissent entrer." Family only, il a besoin de repos. Ça l'avait fait tiquer. Elle aurait pu lâcher une douzaine de ripostes sarcastiques au sujet des liens de sang qui la liaient désormais à lui. Elle a préféré opter pour un de ses alliés les plus fidèles, le mensonge. D'un coup d'un seul, ça a délié les langues. C'en était aberrant. Ses yeux volètent sur le visage de Nikos, de la peau translucide sous ses sourcils à ses lèvres pâles. Elle veut lui dire le soulagement, la peur, les maux de poitrine, l'enclume, les adieux ratés, le sang sur le plancher, les cicatrices, celles qui se parcourent du bout des doigts et les autres, invisibles, qui marquent le plus. A la place, elle remplit un verre en carton avec la cruche de plastique sur la console et le porte avec timidité aux lèvres de Nikos. Prendre soin, elle sait faire. Elle connaît. Sainte patronne des égarées, qui héberge et abrite, qui murmure et apaise. Mais pas avec lui, elle n'en a jamais eu l'envie ni l'occasion et ses gestes sont hésitants. Lorsqu'il a fini de boire, Gemma repose le gobelet sur la table de chevet et sort un épais formulaire de son sac sur lequel elle dépose un stylo. "Signe ça quand t'as une seconde. Les infirmiers le récupèreront." Gemma ignore comment sa mère s'y est prise exactement pour convaincre l'hôpital de le traiter pro bono. Elle ne veut même pas le savoir. Si l'hôpital lui est redevable ou si elle a dû faire des promesses, qui sait. Elle est indépendante jusqu'à la moelle, Gemma. Elle a toujours refusé de jouer la carte du ma-mère-siège-à-la-chambre-des-représentants mais bon sang, ça paie : elle a lu le document qu'elle remet à Nikos d'un bout à l'autre, et il est en acier. A part l'ambulance qu'elle a réglé pendant qu'il était inconscient car c'était clairement sa seule occasion de le faire, il est couvert. Qui sait, c'est peut-être un foutu coup de pub : frais d'un santé d'un jeune patron de bar offert par l'hôpital pour lutter contre la violence des quartiers problématiques, ça fait bon genre. "Ton père t'apportera des affaires durant la matinée. Cece est injoignable pour l'instant." Et maintenant que tout est dit, elle n'a plus le choix, même si ça lui arrache les tripes de le faire, elle doit poser cette question et elle la prononce précipitamment, pour limiter la casse, pour ne pas laisser sa voix trembler - "tu préfères que je m'en aille ?" Parce qu'elle n'a pas changé depuis qu'il lui a dit de s'en aller, 'tout sauf te voir ici'. Parce qu'elle est la même, fucked-up et monstrueuse, c'est pas un couteau papillon et quatre heures de chute libre qui risquent de réparer ça. Ça la boufferait de s'en aller, de le laisser seul dans la pièce aseptisée, terriblement vivant dans un lit de mort. Ça la foutrait en l'air que cette vision de lui, rouge et bleu sous la peau transparente, soit la dernière à laquelle elle ait droit. Mais elle le ferait si c'est ce qu'il souhaite. Elle tournerait les talons sans une seconde d'hésitation. Ça la tuerait, mais la seule leçon à tirer de tout ce merdier, c'est qu'elle survit à tout.

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MessageSujet: Re: end of the road (nikos)   Dim 11 Fév - 13:29

Le son de sa voix achève de le ramener à la vie, elle vient de redonner la couleur à son monde en noir et blanc. Elle lui dit qu'ils ont promis que la cicatrice serait discrète, il en doute mais il ne répond rien. Parce que peu importe la taille de cette cicatrice, il saura toujours ce que ça leur a coûté. La seule qualité de cette cicatrice est que ça l'a obligé à rester à un moment où il lui avait ordonné de partir. Il se demande si ça veut dire que tout est remis à zéro, si tout ça a relativisé leur relation et qu'à présent il n'est plus question de laisser Cece, la vie, leurs coeurs amochés ou quoique ce soit se mettre entre deux mais ça aussi c'était dans les films. Dans la vraie vie, les problèmes du héros sont toujours les mêmes à son réveil, la salvation n'est pas la récompense de la mort imminente contrairement à ce qu'on aimerait nous faire croire. Mais même dans la lumière tamisée des néons, Gemma réussit à ramener de son feu, de celui qui le consume depuis le début. Elle déclare leurs nouveaux statuts et ses fossettes se creusent, habillant ses cernes. Gemma De Salm fiancée ? T'as du tomber sur la seule personne de la région qui te croit capable de te passer les menottes à l'annulaire. Le tableau est surréaliste, Gemma dans un pull trop grand avec un anneau au doigt. Gemma sans tout son attirail de diablesse des enfers, sans son sac à main hors de prix et son maquillage poudré. Elle semble avoir laissé son insolence sur le sol du Roaring Lion car dans son regard il y lit quelque chose de fragile. Il n'arrive pas à mettre tout à fait le doigt dessus mais c'est une autre Gemma qu'il a devant lui ce soir. Oui... C'est ça... De la vulnérabilité.  Comme si elle avait lu dans ses pensées, il la regarde remplir un verre d'eau et oublie presque d'ouvrir la bouche lorsqu'il comprend son attention. Il se rend compte uniquement une fois le verre au bord des lèvres qu'il était en train de mourir de soif. Il caresse l'ironie de la situation, l'eau, la vie, l'indispensable, l'essentiel, le tout pour le tout. Trop de coïncidence et pas assez de hasard. Pour la première fois depuis qu'il la connait il peut presque palper ce qui les rassemble, ce qui les rend si unique. Il réalise qu'ils peuvent exister autrement que dans la haine, la rancoeur et les reproches, autrement que dans des draps de satins et des gémissements sans équivoque. Il n'a jamais été aussi loin de l'image qu'il se fait d'elle, et ça par contre c'est salvateur, de se rendre compte que rien n'est immuable, que si ça se trouve tout peut changer en un claquement doigt. Qu'ils ne seraient pas toujours les pas tout à fait adultes qui avaient décidé de vivre en ignorant sciemment tout le faisceau d'émotions suprêmes qui existait pour ceux qui se laissaient aller à écouteur le coeur. Peut-être qu'un jour il sera capable de tout lui dire, peut-être qu'un jour il arrivera à formuler qu'elle est la première personne sur cette terre à être parvenue à rebooter son coeur et son âme avec, la seule personne qui l'a ramené à la vie sans se rendre compte qu'il se considérait déjà mort. Son regard danse sur sa silhouette, il savoure chaque image que sa rétine capture parce qu'il oublie pas que cette nuit a failli être la dernière. Un bloc de feuilles fait un bruit mat en s'échouant sur ses draps, elle lui demande de signer et s'y affaire avant de demander, un peu circonspect. Qu'est-ce que c'est ? Quelque chose lui dit qu'elle répondra pas, qu'elle lui dira jamais et c'est ce qui fait qu'il hésite un moment avant d'apposer sa signature sans plus discuter. Ce qu'il parvient à lire en diagonal lui annonce la couleur, et pour la première fois il se demande quelle place elle et sa famille occupent vraiment à Crescent Heights. Le fossé de leurs deux mondes se creuse encore un peu plus, ce qui n'avait jamais compté auparavant prend sa place aujourd'hui, participe au clivage qu'ils s'appliquaient à ignorer depuis le début puisque de toute façon il ne s'agissait pas de ça. Il n'a pas encore la force de lui demander pourquoi elle l'a amené jusqu'ici alors qu'il lui avait dit de pas le faire, l'heure n'est pas aux reproches mais aux retrouvailles. Il avait envie de la sentir auprès de lui. Il lui parle de son père qui lui apportera des affaires dans la matinée et de Cece qui ne répond pas d'une oreille distraite. Ne raconte pas à Cece ce qu'il s'est passé, elle serait capable de vouloir retrouver le type et de se mettre en danger. Il marque une pause, plante ses iris dans celles de Gemma. Dans sa tête, Gemma vêtue de noir qui marche dans une ruelle, sur les pas d'un mec trois fois plus grand et large qu'elle, le regard dur qu'il lui connait quand elle s'apprête à frapper fort. Il imagine l'adrénaline qui afflue dans ses veines et la satisfaction qu'elle ressent une fois sur le point d'accomplir sa vengeance. Et toi non plus. Pas de Vendetta, pas de coup d'épée, tu restes tranquille et tu me laisses m'en occuper. Il ne s'en occupera pas, car il se fout bien de quel con avait décidé de le planter ce soir. tout ça était déjà derrière lui. Le sentiment de revanche ou de haine était étranger à Nikos, même le mépris était hors de sa portée, il ne savait qu'ignorer là où d'autres auraient fini totalement obsédé. Il sait en revanche que Gemma est capable de tout, surtout du pire et que l'homme qui l'a obligé à éponger son sang mérite selon elle d'être châtié. Il sait que l'homme a planté ce soir dans son coeur une graine de haine qui est sur le point de germer mais il espère naïvement que sa présence lui fera entendre raison si il le décide. Il espère qu'à ses côtés elle trouvera la paix nécessaire à renoncer. Elle prononce alors des mots qui n'ont aucun sens à ses oreilles. Pour toute réponse il lui tend la main et l'attire vers lui, d'une main derrière son dos il l'oblige à se pencher vers lui et passe ses bras autour de sa taille minuscule. Son petit gabarit. L'impression que même dans cet état il pourrait la casser s'il n'était pas assez précautionneux. La dernière fois qu'il l'avait entouré de ses bras de la sorte, une heure plus tard elle se dérobait pour le jeter dans le froid et la neige. La position l'oblige à s'asseoir, il se pousse, l'invite même à s'allonger à côté de lui si elle le souhaite et commence à joueur avec ses doigts.  Il attrape sa main par le poignet et la lève à hauteur de ses yeux, de telle sorte qu'à travers les doigts manucurés de Gemma viennent danser des rayons de la lune. Puis il porte sa main à sa bouche et s'applique à l'embrasser, doucement. Le contact de sa peau, il entend le bip des battements de son coeur ralentir progressivement. Le silence est total, pure, apaisant. Il détient toutes les réponses même celles qu'ils ne veulent pas entendre. Alors il fait un truc dingue, un truc qui va peut-être lui valoir une gifle et des menaces de mort. Il détache la fine gourmette en or à son poignet où est gravé son prénom en grec et l'accroche au sien délicatement. Il a l'impression de manier une bombe nucléaire, ses gestes sont doux, mais précis, pas la moindre forme d'hésitation quoiqu'un peu de méfiance il se refuse de croiser son regard. Cette fois-ci, il espère qu'elle saisira tout le sens de cet acte. Qu'elle n'éructera pas sur le patriarchat et sur à quel point elle ne lui appartenait pas. Et son nom sur son poignet ne signifiait pas qu'elle lui appartenait. Au contraire. Il lui appartenait désormais. Qui sauve une vie sauve l'humanité.

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MessageSujet: Re: end of the road (nikos)   Lun 12 Fév - 7:23

Il prononce son nom entier, rictus aux lèvres et elle est ridiculement fière de l'avoir amusé, même l'espace de trois secondes. Ça la fait sourire. Nikos observe son pull à lui autour de ses épaules à elle, et elle sait qu'ils pensent la même chose au même moment, occurence tellement rare lorsqu'il s'agit d'autre chose que de sexe, voire carrément inédite. Des mois de fausse communication, de mauvais timing, une incompréhension enrageante qui pousse à la folie, qui s'estompe doucement dans l'odeur de désinfectant. Ils songent tous les deux qu'elle, dans ses fringues, anneau au doigt, c'est calmement anormal, une fissure dans le continuum espace-temps. Elle a envie de lui dire de profiter du spectacle car lui et l'hôtesse d'accueil de l'hosto seront les deux seules paires d'yeux à jamais le voir. Elle se demande s'il a remarqué que ce pull n'a rien d'anodin, que ce n'est pas un bout de tissu qu'elle porte, mais leur foutue mythologie dotée de deux manches et d'un col. C'est le pull qu'il portait cette nuit là, à l'entrepôt. Peut-être que, après avoir observé le sang de Nikos tournoyer contre la porcelaine blanche et disparaître dans les tuyaux, elle eut besoin d'une preuve tangible qu'il avait été plus que vivant. Qu'elle avait été là pour le constater. Que même à son échelle, même avec ses limitations, elle en avait fait partie. Elle est exténuée, elle faiblit, ils sortent tous les deux de ce qui fut probablement la nuit la plus longue de leurs existences respectives, elle a pas la force de batailler. Par miracle, il ne l'oblige pas à le faire. Il signe sans attendre une réponse de sa part qu'elle ne donnera de toute façon pas et elle a l'impression que c'est un cadeau magistral qu'il lui fait. Gemma n'a ni la force ni l'envie d'expliquer le comment, le pourquoi, le putain de désespoir qui devait déborder de sa voix au téléphone, la détresse qu'on pourrait couper au couteau - et fuck, le molosse avait bel et bien essayé - pour que sa mère mette en branle ses pouvoirs diplomatiques no questions asked. Sans même demander de quelle importance jouit ce type dont elle n'a jamais entendu parler dans la vie de sa fille, celui qui pousse Gem la farouchement autonome à appeler à l'aide. Le formulaire, une fois signé, disparaît à nouveau dans son sac qu'elle dépose au pied du lit. Cette paperasse sacrée est trop précieuse pour qu'elle la laisse traîner où que que ce soit. Loin d'être candide, elle sait que le sujet n'est pas clos, que Nikos lui offre une trêve et non pas une reddition mais elle n'en a franchement rien à faire. Forte de sa position au sommet de l'ascendant moral - il n'a pas cru sérieusement qu'elle allait obéir son décret insensé de le laisser se vider de son sang au pied du billard sans  appeler une foutue ambulance, tout de même ? - si ce débat doit voir le jour, elle saura l'accueillir. Bien sûr, qu'il soit tout à fait malléable aurait été trop beau pour être vrai. Elle roule des yeux devant l'emploi du présent, de l'affirmatif, le sans équivoque de son injonction. Tu restes tranquille. Tu me laisses m'en occuper. Dans ses rêves. Un sourire amusé se fraie un chemin jusqu'aux lèvres de Gemma, même ici, même maintenant. "C'est si mignon. T'as cru que t'avais ton mot à dire." Ce qui, pas plus tard que quelques heures auparavant, aurait été combustible pour un brasier, revêt une toute autre apparence désormais. Une autre conversation pour d'autres versions d'eux, les mots de Gemma sont espiègles et non menaçants. Rien de plus qu'une observation : il est allongé, une aiguille dans le bras, n'a pas la moindre idée d'où trouver son agresseur, quel pouvoir s'imagine-t-il bien avoir sur un duo de justicières qui traquent les monstres depuis des années ? Aussi égocentrique que soit la réflexion - après tout, Gemma n'a jamais prétendu ne pas l'être - Nikos n'est pas le seul à avoir été abîmé ce soir. Elle était terriblement plus jeune en quittant le Sinners, la veille. Le couteau papillon lui a volé ça. Ce qu'il lui restait d'indifférence. La possible vengeance serait personnelle, narcissique. Nécéssaire. Ce connard au portefeuille noir, elle le hait. Elle le maudit. Elle le plaint. Elle l'oublie, à l'instant où Nikos l'attire vers lui. Elle ignore si c'est le lit d'hôpital qui l'oblige à se laisser faire, ou le fait que l'heure tardive, le sang et la peur parlent plus fort que toutes les raisons pour lesquelles elle ne devrait pas s'autoriser à en avoir envie. Cette aura mystique que partagent les hôpitaux et les cimetières, le pouvoir de dévêtir, de retirer le superficiel, de réduire les gens à leur vérité nue. La raison précise pour laquelle Gemma évite consciencieusement ces deux endroits. Il est allongé, ébréché, recousu, pansé, et elle a l'impression que c'est elle qu'on a ouverte. Elle plonge dans le contact de Nikos, baptême cérémoniel entre la lune et ses doigts, elle est à bout et elle veut se reposer de quatre heures d'angoisse, de trois mois de mépris, de cinq ans de fuite. Elle ferme les yeux, s'accorde un peu de l'oxygène muet et lumineux entre eux. Est rappelée aux néons par une caresse métallique sur son poignet. Instinct animal, les doigts de son autre main se crispent sur les draps de coton blanc, sa bouche s'entrouvre, langue pressée contre les dents, prête à prononcer le premier d'un chapelet de non, refus en bloc, exactement comme la dernière fois qu'il a tenté de s'approcher d'un peu trop près. Elle ne sait pas ce que ce geste veut dire et elle ne veut pas le savoir, elle ne peut simplement pas accepter une telle offrande, elle s'apprête à le clamer haut et fort, des tremblements dans la voix, mais elle est coupée dans son élan. Par les mots de Nikos. Par l'hôpital et son sérum de vérité. Par la douceur du métal et le fait qu'il n'y a qu'une poignée d'heures devenue éternité, à cet endroit, c'était son groupe sanguin qu'elle portait comme un bijou. "Tu me dois rien. Je l'ai fait par égoïsme. Rien d'autre. J'attends aucune reconnaissance." Sa voix s'est perdue quelque part entre ses tripes et ses lèvres, sa grande déclaration s'échappe en un murmure saccadé. Elle croise brièvement le regard de Nikos, baisse les yeux, reprend sa respiration, se lève. En quelques enjambées, elle est à l'entrée de la chambre et sans doute que ce simple geste en dit trop long, ôte toute prétendue nonchalance à ce qu'elle espérait détaché mais elle n'a pas le choix. Elle a une question à lui poser et elle refuse qu'il déchiffre son visage lorsqu'elle aura rassemblé le courage nécéssaire pour le faire, alors elle pousse l'interrupteur. Les néons décèdent paresseusement. Nikos est enveloppé dans la lueur cotonneuse de l'extérieur, striée par les stores, et le clignotant bleu des appareils médicaux. Avant de se laisser le temps de changer d'avis, avant d'opter pour le fauteuil en skaï et probablement contre toute indication du personnel hospitalier, elle grimpe dans le lit à ses côtés, précautionneuse de ne pas réveiller sa plaie. Elle pose sa tête sur l'oreiller, ferme les yeux, sait qu'elle devrait le laisser dormir que family only, il a besoin de repos mais, et elle, alors ? N'en mérite-t-elle pas un peu aussi ? "J'ai besoin de savoir quelque chose." Transie par la peur, elle chuchote. Cale sa respiration sur le bip régulier des moniteurs. Gemma se mord la lèvre, déglutit, gagne du temps. Il y a cette alarme dans le fond de son crâne et elle ne voit pas comment lui donner forme, quels mots lui accoler. "Tout à l'heure. Pendant que -" elle qui ne s'est jamais avérée précieuse, princesse des coups et des entailles, refuse tout à coup de prononcer les mots disgracieux. Elude. "Tu as souri. T'as fermé les yeux. Tu n'as pas -" même dans un souffle, hésitantes, les paroles foutent le feu à sa gorge "lutté." Comment peut-elle espérer une réponse alors que ce n'est même pas une question, mais elle est incapable d'aller plus loin. Elle s'arrête ici. Il s'est fait poignarder par une lame sale, dans son propre bar, en tentant d'interrompre une mêlée, qui est-elle pour lui dicter ce qu'il aurait dû faire, comment il aurait dû réagir, comment peut-elle seulement savoir qu'elle se serait montrée vicieuse et véhémente à sa place sans en avoir jamais fait l'expérience - tout ça, elle s'en rend compte. Quand bien même, ça l'a frappée de plein fouet dans la cage d'escalier. Recroquevillée sur la treizième marche. Et peut-être qu'elle imagine totalement la satisfaction angélique sur le visage de Nikos que, du reste, elle évitait autant que possible de balayer du regard. Mais il a souri. Tandis que son sang disparaissait, magma gracieux entre les doigts de Gemma. Il a souri ce même sourire qu'elle l'avait vu arborer à l'entrepôt alors qu'elle enfonçait un flingue dans sa cuisse. Elle sait déjà que ça la hantera bien plus longtemps que le rouge sous ses ongles, bien plus profondément que les sanglots de Blondie. Ce sourire. Celui d'un homme qui a aperçu la sortie et qui est pressé de s'en aller.

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MessageSujet: Re: end of the road (nikos)   Mar 13 Fév - 2:25

Charbons ardents, il avance en toute connaissance de cause et attend que la sentence tombe et elle ne le loupe pas parce que de toute manière, comment l'inverse aurait-il possibe ? Elle se lève d'un bon, piquée, décharge électrique invisible à l'oeil nu mais palpable pour lui qui sait. Il ferme les yeux un instant, le remord qui le submerge. Il l'a encore perdu. C'est trop pour elle et pourtant ça sera jamais assez pour lui. Il avait juste besoin de rééquilibrer la balance, qu'était-il désormais face à celle qui n'avait pas hésité à se plonger dans le carmin pour le faire subsister alors qu'il n'était rien ? Un soupir à fendre l'âme et l'esquisse de règlement de compte interminable qui se profile. Elle prétend l'avoir fait pour elle, par égoïsme. Presque par convenance s'il suit son raisonnement. Justification qu'il balaye d'un revers de la main imaginaire. Lui faire croire qu'elle a joué au poker avec la faucheuse juste pour le goût du défi n'a aucun sens pour lui et il sait qu'elle vient de lui servir encore un mensonge en tenue de soirée. Gemma De Salm n'avait jamais fait dans l'altruisme, encore moins lorsqu'il s'agissait de la gente masculine. Tu sais que c'est faux. Il n'en rajoutera pas plus, il n'a pas la force, pas l'envie, il sait qu'elle sait, elle sait qu'il sait. Ce n'est pas le moment, ça ne l'est jamais d'ailleurs, mais cette fois-ci c'est différent. Leurs conflits énergivores se heurtent au pas de la porte de sa chambre d'hôpital, refoulé à l'entrée car ce bref échange qui aurait normalement suffi pour constituer un combustible ne provoque même pas une seule étincelle et se meurt entre eux. Avant qu'il n'ait le temps de comprendre ce qu'il se passe, Gemma contrôle de nouveau l'espace-temps, la lumière n'est plus et la chambre est désormais peuplée d'ombres inquiétantes pour ceux qui évitent l'obscurité. Ambiance lunaire et naturellement évolue au milieu de ce peuple nocturne angoissant la silhouette de Gemma qui vient finalement s'allonger à ses côtés, il se pousse, croit à un moment d'accalmie. Il soupire d'aise à présent, à l'idée qu'elle puisse lui offrir enfin un sommeil réparateur, telle une berceuse enfantine et rassurante mais fidèle à elle-même, c'est des aiguilles qu'elle lui plante dans le cerveau, l'obligeant à remettre la machine en branle et à se replonger dans les abysses de lui-même. Parce que si elle a besoin de savoir quelque chose c'est que la réponse est dangereuse, car elle ne demande jamais rien, encore moins lorsqu'elle sait que la réponse ne va pas lui plaire ce qui empire prodigieusement le tout. Il s'attend à n'importe quoi, à tout mais pas à ça. Souffle coupé, les yeux grands ouverts fixant le plafond, une table d'autopsie a désormais remplacé son lit d'hôpital et c'est Gemma qui a revêtit la blouse de légiste. Il l'imagine aisément scalpel en l'air sur le point d'ouvrir son âme avec l'excitation du scientifique qui va trouver des réponses, qui va confirmer ou infirmer toutes ses hypothèses de la vie dans la mort. Il sait bien pourtant que si il y a bien une seule personne sur terre à qui il ne pourra pas faire peur c'est bien elle. Il sait qu'il peut dire la vérité, celle qui n'intéresse personne sauf elle parce que c'est la seule à l'avoir remarqué. Il est incapable de la regarder, il préfère ne pas lire l'expression sur son visage quand il lui répondra parce qu'il pouvait tout briser en un quart de seconde s'il n'utilise pas les bons mots. La dernière chose qu'il veut est perdre en force devant elle. Et pourtant, une fois le choc de la question passée la réponse apparaît comme une évidence presque douloureuse, une évidence qu'il évite, qu'il ne veut pas s'avouer. Qu'il a passé sa vie à contourner depuis le décès de sa mère. Est-ce qu'elle allait vraiment lui faire dire à haute voix qu'il n'avait aucune raison de vivre valable ? Est-ce qu'elle tenait vraiment à ce qu'il explique à quel point son existence n'avait aucun but ni sens depuis la mort de sa mère ? Il a soudainement l'impression que le lit n'est plus là pour le soutenir et qu'il dégringole dans un trou noir sans fond.  J'ai l'espoir que ce qu'il y a après soit mieux que ce qu'il y a ici. Il parait que l'espoir fait vivre, dans mon cas j'dirais plutôt que ça gomme la peur de mourir. Il marque une pause, hésite une poignée de seconde puis renonce à lâcher la suite. Il peine à croire ce qu'il est en train de confier et qu'il n'aurait jamais osé dire à haute voix autre part que dans l'obscurité de cette chambre d'hôpital aux côtés de la fille qui l'avait retenu ici-bas quand il fantasmait à l'idée de partir autre part. La possibilité qu'il en avait enfin fini avec tout ça, qu'il allait enfin trouver le repos était si séduisante. Le calme, le silence pour toujours. Personne n'avait idée d'à quel point la mort lui apparaissait charmante, lui à qui on n'avait jamais appris à aimer la vie mais plutôt à comment la subir sans ployer. Jamais il ne la provoquerait, jamais il ne voudrait forcer leur rencontre car Nikos n'était pas de ceux-là mais il ne déclinerait jamais un rendez-vous fixé au gré du destin. Un rendez-vous manqué grâce à l'intervention de la tornade incandescente. Elle avait mis le doigt sur sa part sombre avec une facilité déconcertante, un talent qu'il aurait préféré ignorer. L'impression désagréable d'être percée à jour, lui donner encore un peu plus d'armes si un jour elle décide de de le blesser. Et ces dégâts là ne disparaîtraient pas avec une perfusion et du fil à recoudre. Mais ce soir, Nikos a envie de croire qu'elle n'est pas de l'autre côté du flingue, il a envie de croire que cette nuit elle sera uniquement de l'autre côté du lit.

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MessageSujet: Re: end of the road (nikos)   Mar 13 Fév - 10:09

Elle ne lui pose jamais de questions, Gemma. Leur contrat tacite a toujours fonctionné dans un brouillard relatif, moins ils en savent, mieux c'est. Moins ils en savent, plus c'est facile de faire de la dernière fois leur dernière fois. Ses interrogations sont d'ordre pragmatique, t'es seul ce soir, vodka ou jack, ta caisse ou ta chambre, jamais personnelles, rien qui ne s'accroche, rien qui ne colle aux paupières le lendemain matin. Sauf que ce soir, elle y a droit. Elle s'en donne la permission et tant pis pour Cece, tant pis pour elle-même et toutes les promesses qu'elle s'est faites. Elle a vu à l'intérieur de lui, littéralement, chair ouverte sous ses doigts fébriles. Il vaut mieux qu'elle sache maintenant. Qu'elle gratte avant qu'il ne soit trop tard, qu'elle creuse jusqu'à trouver les ossements qui la forceront à reculer. C'est le seul foutu espoir qu'il lui reste désormais, blottie contre lui, son prénom gravé autour du poignet. Quelque chose de grand, de rédhibitoire, d'extérieur, parce qu'elle s'est bel et bien acharnée à chercher une raison pour mettre les voiles sans regarder en arrière et le résultat est parlant. Blottie contre lui. Son prénom autour du poignet. Majestueux temple à sa force de volonté inexistante. Lorsque les mots qu'elle espère cathartiques s'échappent des lèvres de Nikos, contre toute ses propres prescriptions, elle sonde son visage du regard. Les yeux de Nikos sont sur le plafond mais son attention l'a perforé, est passée à travers, se balance quelque part dans le cosmos. Pour la toute première fois, elle s'est approchée et elle a l'impression qu'il la fuit. Elle sait qu'il parle de loin, d'une dimension dont elle n'a pas les clés. Elle ne cherchera pas à s'y frayer un chemin. Il l'abandonne sur le palier et c'est sans doute pour le mieux. Ainsi, quand le soleil se lèvera, il restera quelqu'un pour le tirer du bon côté. Pour le ramener à ses propres poumons. Elle hoche la tête dans la pénombre. Battement d'ailes d'un papillon sur l'oreiller frais. Presqu'imperceptiblement, vague timide qui ne se propage même pas jusqu'à sa nuque. Elle sait qu'il percevra le geste, qu'il sentira ses cheveux lui chatouiller le menton, qu'il saura ce que ça signifie. Accusé de réception muet, la seule façon de conserver la dignité de l'aveu qu'il vient de lui faire. Elle n'a rien à répondre à une abysse pareille, elle n'ose même pas se pencher au dessus du garde-fou, elle a peur du vide. Elle s'accorde peu d'introspection en règle générale, la grande prêtresse de la lune a peur du noir. Elle est vive et vivante, Gemma, le coeur qui bat trop fort et les dents qui rayent le plancher. Elle ne comprend pas l'espoir dont il lui parle, il est antithétique à ses yeux, dangereux et désespéré. Elle a une collection impressionnante de certitudes, mais si une trône au dessus du reste, c'est bien celle-ci : elle n'a rien vécu. Vingt-deux piges à l'abri de tout, entre Benjamin Franklin et des hectolitres d'amour inconditionnel. Ce n'est pas se frotter à la détresse qui risque de lui ouvrir les yeux, de rétablir l'équilibre cosmique, même si ce n'est pas faute d'avoir essayé, de s'y être fendu les paumes. Ses doigts frêles se faufilent entre eux jusqu'à effleurer le front de Nikos, replacent une mèche de cheveux et s'attardent un instant dans la sensation soyeuse avant de descendre jusqu'aux cernes sous ses yeux, contact frais sur la peau fatiguée. Il est tard, il est tôt, il somnole, elle s'autorise tout. Se laisse aller à tous les plaisirs coupables qui revêtiront une odeur de danger au réveil. "Dors. T'en a besoin." Trois battement de coeur et un murmure au goût d'excuse. "Je bouge pas." Elle ignore si elle veut le rassurer ou s'en convaincre. Ses antécédents sont tout sauf irréprochables. Dans le fond, elle ne sait même pas s'il la veut ici. Ses actions semblent le dire à demi-mot, mais la raison pourrait être tout à fait différente, l'ombre poisseuse de ce monstre qu'elle refuse de laisser s'immiscer entre eux, maladroit et malhonnête, la gratitude. Elle était sincère en lui disant qu'il ne lui est redevable de rien. Car là, tout de suite, y a trop de choses qu'elle veut, elles dansent dans son ventre et se tapissent sous sa langue. Elle veut un début, une fin, lui, plus de temps, l'amnistie, un peu de chance, du pouvoir. Elle veut tout, elle veut trop, et la reconnaissance est le seul cadeau dont elle ne veut pas.

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